Anciennes conférences

Luc GABOLDE

CNRS - Université Montpellier III

De Sa Majesté la reine Hatchepsout à sa majesté le roi Maâtkarâ

08.06.2007

Entre la mort de son frère et époux Thoutmosis II et sa propre accession à la dignité de pharaon au tournant de l’an VII de Thoutmosis III, la reine Hatchepsout a exercé une régence qu’on supposait volontiers active mais qui était demeurée jusqu’à présent très mal connue parce que fort peu documentée.
Avec l’étude, par l’auteur de la présente conférence, de quatre monuments en calcaire de Karnak qui remontent à cette époque charnière et dont les blocs avaient été remployés sous le règne de Thoutmosis III pour garnir le sous-sol de la « cour de la cachette », cette histoire sort en partie de l’ombre.
Le plus ancien de ces édifices, sans doute entrepris à l’extrême fin du règne de Thoutmosis II, est une chapelle (de barque ?) en calcaire de Toura où Hatchepsout accompagne partout son époux dans les scènes de culte, occupant d’ores et déjà une position exceptionnelle, quoique cantonnée au second rang.
Avec le Netery-menou, une étape nouvelle est franchie: la reine y apparaît la plupart du temps seule devant le dieu ou seulement accompagnée de Néférourê. Dans quelques cas on l’a figurée suivant Thoutmosis II, mais il s’avère que les représentations du roi sont posthumes, et qu’elles ont même, parfois, remplacé des images de Thoutmosis III. Ce dernier souverain n’est toutefois pas absent de l’édifice et son nom intact apparaît sur des jambages de porte ou a été volontairement épargné dans certains registres de scènes.
Un petit monument à niches, consacré au culte de plusieurs membres de la famille royale, associe ainsi Hatchepsout, Neferourê à Thoutmosis II. Le roi, assurément défunt (Neferourê est « sœur de roi ») est paradoxalement figuré comme s’il était vivant, confirmant qu’il a bénéficié d’une vénération posthume d’un genre très exceptionnel.
Enfin, un fragment d’une petite chapelle édifiée dans une "place sacro-sainte" de Karnak, peut-être identique à l’édifice dont d’autres blocs avaient été exhumés à Karnak-nord, montre que dans les textes la reine finit par adopter la totalité des épithètes dévolues au roi, puis en revêt la titulature, tandis que, dans les représentations, elle arbore encore des caractères féminins, lesquels seront seulement quelque temps plus tard masculinisés.
Pour Hatchepsout, le passage de l’état de veuve et régente du royaume à celui de pharaon fut en somme très progressif, mais il faut souligner que l’accaparement par la reine de certaines prérogatives royales intervient extrêmement tôt, peut-être dès les derniers mois du règne de Thoutmosis II, et ne cessera de se renforcer jusqu’à son accession au trône.
Dernière particularité remarquable des monuments de Karnak, et non des moindres: une série de martelages et de regravures dont certains sont exceptionnels et inédits: noms de Thoutmosis II inscrits sur ceux de Thoutmosis III effacés, Hatchepsout sur Thoutmosis III, Maât-ka-Rê sur Hatchepsout.
L’enquête fournit l’occasion d’examiner de près la période féconde allant de la fin du règne de Thoutmosis II (dont le règne est réévalué), à l’avènement de la corégence avec Thoumosis III entre l’an VII et l’an VIII, à travers les monuments de Karnak mais aussi du Sinaï, du reste de l’Égypte et de la Nubie et d’observer par quelles étapes les fonctions régaliennes seront peu à peu complètement dévolues à la reine-pharaon. 

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