Anciennes conférences

Pascal VERNUS

Directeur d'études à l'École pratique des hautes Études

Le papyrus dit « érotique » de Turin. Transgression codifiée et divertissement dans l'idéologie égyptienne

08.10.2009

Le papyrus « érotique » de Turin illustre combien une discipline scientifique demeure poreuse à l’ambiance morale de son temps. La réaction horrifiée de J.-Fr. Champollion quand il découvrit le document a gauchi sa destinée égyptologique. En témoigne, le nom même de « papyrus érotique ». Les débats sexuels auxquels il réfère n’occupent, en fait, qu’une partie du document, mais ce sont eux qui ont été jugés propres à le caractériser. Ce qui en dit long sur l’inconscient des égyptologues. L’autre partie est dévolue à des parodies animalières. Les artifices graphiques tendent à indiquer l’appartenance des deux parties à un même ensemble. Quelle finalité commune unissait donc, d’une part les ébats sexuels, d’autre part les parodies animalières, pour qu’ils aient été conjoints sur le même papyrus, à travers un apparat qui les conjugue en une bande dessinée présentée comme une unité ? Affleure une tendance assurément transculturelle - pensons au carnaval en occident - selon laquelle, en de certains contextes, les hiérarchies et les règles sont sinon abolies, à tout le moins moquées, et prises comme prétextes à amusement, voire tournées en dérision ou en ridicule. Dans l’Égypte pharaonique, cette tendance a été codifiée en tant qu’idéal du « divertissement » et du « suivre son désir », et intégrée à l’idéologie de l’élite dominante.

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