Anciennes conférences

Nathalie BOSSON

Université de Genève

L’Évangile de Judas : la saga d’un héros malgré lui

05.12.2012

En 2007, la National Geographic Society publiait à grand renfort de médiatisation un Évangile de Judas (enfin) retrouvé, constituant l’un des quatre traités gnostiques que contient le Codex Tchacos, codex de papyrus datant du IVe s., découvert dans la région d’Al-Minya, en Moyenne Égypte. Or, sitôt publié, la communauté scientifique s’est divisée, suscitant une avalanche de traductions dans toutes les langues du monde, d’interprétations et de controverses. L’enjeu est de taille, croit-on ! du fait que son personnage central n’est rien moins que Judas, archétype chrétien du traître, figure centrale de la théologie de l’expiation. Dès les premières lignes de ce dialogue de révélation, — genre littéraire fort prisé à l’époque, — où Jésus s’entretient quelques jours avant Pâques avec Judas et les apôtres, des difficultés surgissent, pour la plupart dues au caractère lacunaire du texte. La plus notable, motif des polémiques, réside dans le rôle ambigu qu’y joue Judas. Pour les auteurs de l’editio princeps*, Judas est une figure positive qui aide Jésus à sacrifier son enveloppe charnelle. Ainsi, certains aime(ro)nt à imaginer que sa réhabilitation pourrait bien ébranler les fondements du christianisme, perspective que des médias ont habilement tenté d’instiller dans les esprits. À l’inverse, leurs détracteurs voient dans le héros du récit un démon, une figure négative, inféodé à la fatalité astrale, à la matérialité : résolument tout aussi méchant que dans la Bible… Il faut dès lors s’interroger sur le ou les buts poursuivis par l’auteur de cet Évangile. Tenter de comprendre ce que nous dit cette tragi-comédie, dont le théâtre du drame est d’ordre cosmique. Comment, raisonnablement, interpréter les thèmes majeurs constitutifs d’un texte dans lequel l’auteur joue subtilement avec l’intertextualité, alors même que le christianisme primitif connaît une extraordinaire diversité. Les éclairages apportés, souhaitons-le, permettront à chacun de se forger sa propre opinion sur le héros de ce traité relevant de la mouvance gnostique « séthienne ». Rappelons enfin que le Codex Tchacos, propriété de la Fondation Maecenas pour l’art (Zürich), est actuellement en dépôt à la Fondation Martin Bodmer, à Cologny. * Cf. R. KASSER, G. WURST, et al. (éd.), The Gospel of Judas. Together with the Letter of Peter to Philip, James, and a Book of Allogenes from Codex Tchacos. Critical Edition, National Geographic Society, Washington D.C. 2007).

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