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Résumés des conférences 2004-2005

Véronique BERTEAUX
L'ibiotapheion de Touna el-Gebel: momification et dépôts d'animaux au service du culte.

Les recherches entreprises par la mission jointe des Universités du Caire et de Munich à Touna el-Gebel, nécropole d'Hermopolis Magna, ville dédiée au dieu Thot, se concentrent sur la nécropole animale et ses dépendances cultuelles et administratives, et permettent aujourd'hui une meilleure compréhension des techniques d'embaumement des animaux et du fonctionnement du site. Le cimetière d'animaux présente un dédale de galeries souterraines qui se développe d'environ 600 av. J.-C. au 1er siècle apr. J.-C. Une étude approfondie des ossements et des momies au sein des catacombes a révélé outre des dépouilles d'ibis et de babouins, animaux de Thot, plus de 60 espèces d'oiseaux, divers singes, mammifères, reptiles et poissons. Les différents dépôts laissent percevoir une organisation minutieuse et systématique qui atteint son apogée sous les Ptolémées Ier et II, époque à laquelle les galeries connaissent une expansion foudroyante et se voient ponctuées de diverses chapelles et niches cultuelles, dédiées elles à l'Osiris-ibis et à l'Osiris-babouin.

Michèle BROZE
Naissance et renaissance osirienne dans le temple de la déesse Opet à Karnak.

Le temple d'Opet à Karnak est, comme on le sait, le lieu de la naissance d'Osiris. Mais que signifie cette naissance? En me fondant essentiellement sur les deux salles nord et sud du temple, la salle osirienne et la salle horienne, j'aimerais dégager dans cette conférence la manière dont le mythe est mis en oeuvre par les textes et l'iconographie, et montrer comment le mythe est un discours complexe sur une réalité complexe, unissant visible et invisible, cycles naturels et cycles imaginaires. Mise en place de l'ordre cosmique et construction des aspirations humaines sur l'ordre politique et la renaissance sont ici intimement imbriquées. Après une mise en contexte du monument, et un parcours dans le temple, je proposerai donc une approche d'historienne des religions du discours mythique déployé dans le monument.

Silvia EINAUDI
La 'tombe d'Osiris'. Recherches sur la nécropole de l'Assassif à Thèbes.

La tombe mythique d'Osiris, dont parlent les sources en la décrivant proche d'arbres et d'un cours d'eau (peut-être sur une île), peut avoir influencé la construction de quelques tombes (ou cénotaphes) de pharaons et de hauts fonctionnaires de l'ancienne Égypte. Cette hypothèse semble être démontrée par l'existence de quelques structures funéraires (que l'on peut dater de la XIe dynastie jusqu'à l'époque saïte) qui reproduisent dans leur plan des éléments typiques de la sépulture du dieu, en particulier le renvoi à l'eau, dont la présence est parfois évoquée de manière symbolique au moyen d'un couloir qui entoure les parties funéraires. Les monuments égyptiens qui présentent le plus d'analogies avec le lieu mythique de la sépulture d'Osiris sont le cénotaphe de Montouhotep II à Deir el-Bahari, la pyramide de Sésostris II à Illahoun, le soi-disant Osiréion d'Abydos, la tombe de Taharqa à Nuri, et quelques tombes de l'Assassif, parmi lesquelles celle d'Harwa (TT37), avec certaines composantes osiriennes évidentes. Les fouilles dans cette tombe, toujours en cours, permettent en outre de penser que d'autres fonctionnaires thébains ayant vécu tout de suite après Harwa (Montouemhat, Padiamenopé, Ibi, Ankh-hor) et enterrés dans ses environs immédiats ont été influencés par le plan et la décoration de cette tombe pour la construction de leurs propres sépultures, dans lesquelles on retrouve divers éléments en relation avec Osiris.
[Traduction du résumé par Giuseppina Lenzo Marchese]


Marc GABOLDE
Le crépuscule d'un dieu: l'abandon de Tell el-Amarna.

Les récents travaux du centre d'égyptologie François Daumas de l'Université Paul Valéry - Montpellier III dans la nécropole royale de Tell el-Amarna permettent désormais de répondre au moins partiellement à la question: qui fut enterré où et quand dans les cinq tombes de cette nécropole ? Même si de nombreux points restent encore en suspens, il est possible de suggérer une reconstitution cohérente de la succession des quelques faits bien documentés. Entre l'an XII d'Akhenaton et l'an I de Toutânkhamon, les événements à la cour de Tell el-Amarna se sont précipités. La mort de la mère du roi vers l'an XIV ainsi que, presque simultanément, celle de trois des princesses ont profondément bouleversé la famille royale, malgré la naissance probable d'un fils, Toutânkhaton. La disgrâce de l'épouse secondaire Kiya vers l'an XVI, peut-être retournée dans sa patrie, le Mitanni, où son père Touchratta venait d'être assassiné, et la mort de Nefertiti en l'an XVII, quelques mois avant celle d'Akhenaton lui-même, ont achevé de répandre un sentiment de détresse parmi les survivants. S'ajoutent à cela la déconfiture des armées égyptiennes à Qadech, l'affaire du prince hittite Zannanza, prétendant au trône d'Égypte qui est, peut-être le roi Semenkhkare, et la peste qui traverse alors le Moyen-Orient et l'Égypte. On comprend dès lors que la reine-pharaon qui succéda à Akhenaton et qui ne peut être que sa fille Merytaton, ait désiré rompre avec la foi en Aton qui avait mené au désastre. L'abandon de Tell el-Amarna fut décidé et entrepris sous son règne. En effet, il n'existe aucune preuve que Toutânkhamon ait jamais régné à Tell el-Amarna. La restauration entreprise par Merytaton fut poursuivie par Toutânkhamon qui s'en attribua tout le mérite, tout en récupérant à son profit une partie du mobilier funéraire de ce roi féminin.

Patrizia PIACENTINI
Thoutmosis III, Amenhotep II et les autres: la Vallée des Rois redécouverte dans les Archives de Victor Loret.

Les archives de Victor Loret, conservées pour la plupart à l'Université de Milan, recèlent de nombreux documents concernant l'activité de Victor Loret dans la Vallée des Rois. Elles constituent un témoignage exceptionnel de son activité dans la Vallée à partir de 1883, quand il travailla dans les tombes d'Amenhotep III et de Ramsès IX, jusqu'en 1898-99, lorsqu’il découvrit les tombes de Thoutmosis III et Amenhotep II, du prince nubien Maiherperi et d’autres sépultures royales. Dans la tombe d'Amenhotep II, il trouva la momie du pharaon encore dans son sarcophage et treize autres momies, dont celles de Thoutmosis IV, Amenhotep III, Merenptah, Séthi II, Siptah, Ramsès IV, V et VI, et probablement des reines Tiy et Taousret, déposées dans la tombe autour de l’an 1000 av. J.-C. par des fonctionnaires égyptiens. La découverte de la tombe, appelée par la suite la "deuxième cachette royale", n'était connue à ce jour que par un article assez général publié par Loret, et, depuis lors, de nombreuses hypothèses avaient été formulées sur le déroulement des fouilles. L’étude récente des documents archivés à Milan, ainsi que celle de trois carnets conservés dans les archives de l'Institut de France - Académie des Inscriptions et Belles Lettres, a permis de reconstruire dans le détail les étapes de la découverte, d’établir la position exacte de la plupart des objets retrouvés, et de revivre, à travers les mots de Loret et de plusieurs égyptologues et hommes politiques de l’époque, la polémique relative au transport des momies au Caire.

Dietrich RAUE
Éléphantine, porte de l'Afrique.

L’importance d’Éléphantine, comme frontière politique face à la Basse-Nubie, est bien connue; elle est mise en évidence par le constant intérêt du pouvoir pharaonique à son propos. Des travaux d’envergure furent entrepris pour la renforcer dès la Ière dynastie. Les fouilles conduites par l’Institut allemand d’Archéologie, en collaboration avec l’Institut suisse de Recherches architecturales et d’Archéologie égyptienne au Caire, se sont données pour but – parmi d’autres centres d’intérêts – d’étudier la relation entre frontière politique et frontière culturelle depuis cette époque. Éléphantine apparaît comme un site très prometteur pour ce type de recherches, parce que de nombreux éléments culturels nubiens sont bien attestés en Égypte même, largement plus au nord de cette « frontière ». La stratigraphie des fouilles d’Éléphantine permet aujourd’hui d’établir qu’une population nubienne y était établie depuis la fin du IVe millénaire et montre comment cette communauté coexista avec une majorité composée d’Égyptiens de Haute-Égypte, à la limite politique de l’influence de la Nubie.
[Traduction du résumé par Jean-Luc Chappaz]


Maarten RAVEN
Les fouilles néerlandaises à Saqqara: le tombeau de Méryneith.

Les fouilles néerlandaises à Saqqara sont conduites conjointement par le Musée National des Antiquités et l'Université de Leyde. Ce projet a vu le jour en 1975 grâce à une collaboration entre le Musée et l'Egypt Exploration Society de Londres. Les recherches dans la nécropole du Nouvel Empire se poursuivent de nos jours: en 2001, on a découvert le tombeau d'un intendant du temple d'Aton à Memphis nommé Méryneith. Il fut un serviteur des pharaons Akhénaton et Toutânkhamon. Les bas-reliefs et peintures de son tombeau présentent ainsi deux styles: amarnien, puis post-amarnien. Les recherches successives ont contribué à reconstituer les différentes étapes de la construction du tombeau et de la carrière de son propriétaire. Comme les documents memphites sur la période amarnienne sont peu nombreux, la découverte de ce monument n'est pas sans importance pour l’histoire.

Yann TRISTANT
L'Égypte des origines. Recherches récentes sur la période prédynastique.

Durant le 4e millénaire av. J.C., les habitants de la vallée du Nil s'organisent en communautés villageoises. Ils pratiquent l'élevage, l'agriculture et l'artisanat. Les biens de prestige avec lesquels les morts sont enterrés révèlent une société complexe et inégalitaire dans laquelle l'élite affirme sa prépondérance par la possession d'objets luxueux (couteaux en silex, palettes, objets en cuivre, etc.). L'écriture apparaît vers 3200 av. J.-C. avec les premiers rois égyptiens, regroupés dans la dynastie dite « 0 ». Ils préparent l'avènement d'une ère nouvelle, celle de la civilisation pharaonique. Enrichies par un siècle d'études sur le terrain, nos connaissances des origines de l'Égypte nous permettent aujourd'hui de suivre le cheminement de ces communautés qui, au cours d'un formidable processus d'accélération sociale et culturelle, ont préparé le moment où l'Égypte s'est organisée autour du roi et d'un état centralisé pour donner naissance à la civilisation pharaonique telle que les textes hiéroglyphiques et les monuments millénaires nous la font découvrir. (http://origines2.free.fr)
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