Florence BARBERIO
Nouvelles recherches sur la tombe de Séthi
1er: À propos de fragments décorés découverts par la mission MISR de
l'Université de Bâle.

Page d'accueil du MISR
http://pages.unibas.ch/talderkoenige/
Les travaux menés depuis 1998 sur le site
de la Vallée des Rois par la Mission MISR de l’Université de Bâle ont
conduit à la mise au jour d’une très grande quantité de fragments
décorés provenant de la tombe de Séthi Ier (KV 17). La découverte
inattendue de ce matériel résulte des fouilles pratiquées à proximité
de la tombe voisine (KV 18) qui, bien que prévue initialement pour
Ramsès X, ne fut jamais achevée et resta inutilisée. Signalons que
d’autres fragments du même type ont été également retrouvés à
l’occasion des fouilles réalisées par Ted Brock aux abords des tombes
de Séthi Ier et Ramsès Ier (KV 16), et que certains éléments ont même
été découverts par Otto Schaden jusque dans la tombe d’Amenmès (KV
10). L’enregistrement de la documentation, commencé en 2003, est
aujourd’hui pratiquement achevé. À ce jour, on dénombre près de 2300
fragments de paroi (ou de pilier) et presque autant de fragments de
plafond. Les premiers se distinguent par le traitement du décor en
bas-relief peint, à la différence des seconds qui sont seulement
peints et présentent soit des restes de « ciel étoilé » soit des
restes de « décor astronomique ». L’identification du décor subsistant
sur les fragments de paroi permet d’en établir la provenance au sein
de l’hypogée et autorise dans certains cas à replacer très exactement
l’élément manquant dans son contexte d’origine. Les nombreuses
dégradations subies par le tombeau de Séthi Ier depuis sa découverte
en 1817 expliquent en grande partie l’existence de ce matériel. On
rencontre néanmoins certains éléments (tant de paroi que de plafond)
qui, faute de pouvoir être mis en relation avec le décor actuel de la
tombe, pourraient témoigner d’un état antérieur de la décoration et
parler en faveur de certains remaniements opérés dans la salle du
sarcophage.
Susanne BICKEL
Le jubilé d'Amenhotep III, nouveaux
documents de Karnak.

Le temple de Khonsou, à l’intérieur de
l’enceinte de Karnak, est construit en grande partie avec des
matériaux réutilisés. Pour le pylône et la cour, les bâtisseurs ont
démonté une structure de l’époque d’Amenhotep III, entièrement décorée
d’un cycle de reliefs dédié à la fête-sed de ce souverain.
L’observation de la maçonnerie permet d’accéder à de nombreux
fragments de ce décor complexe qui soulève des questions concernant
l’organisation et le sens des rites de la fête jubilaire et
l’évolution de son iconographie. La question de l’emplacement original
de la structure d’Amenhotep III reste ouverte.
Céline BOUTANTIN
Terres cuites et cultes domestiques
en Égypte gréco-romaine

Les figurines en terre cuite moulées ont
été fabriquées en très grand nombre principalement entre le IIIe s.
av. J.-C. et le IVe s. ap. J.-C. Elles représentent des dieux, des
animaux ou encore tout un cortège de personnages associés aux fêtes
religieuses. De piètre qualité artistique, de provenance le plus
souvent inconnue et datés de manière approximative, ces objets ont peu
suscité l’intérêt des chercheurs et sont longtemps restés enfouis dans
les réserves des musées. Pourtant, destinés à être placés dans les
maisons afin d’en assurer la protection, ils permettent de mettre en
lumière les manifestations religieuses « personnelles », désignant par
ce terme, l’ensemble des pratiques, et des gestes, qui, en marge des
cultes officiels, reflètent les liens individuels que le fidèle tisse
avec une ou plusieurs divinités. L’étude des différents thèmes
représentés menée en parallèle avec celle du mobilier provenant des
maisons et du matériel trouvé aux abords des temples permet de mettre
en évidence des choix iconographiques dont certains sont révélateurs
des changements culturels intervenus à cette époque.
Jean-Luc CHAPPAZ
Les égyptologues Édouard et Marguerite
Naville.

« Deir el-Bahri 1906 – Le
sanctuaire de Hathor déblayé, vu le matin » (cliché Marguerite Naville,
© Musée d’art et d’histoire, Genève)
Édouard Naville (1844-1926), savant
universellement reconnu, fut l’un des plus brillants égyptologues de
son temps et ses travaux font encore autorité. Grâce à son érudition,
grâce aux soins et à la réflexion apportés à ses publications, il
proposa des modèles d’édition des grands textes religieux égyptiens
(Livre des Morts), d’épigraphie monumentale (temple d’Hatchepsout à
Deir el-Bahari) ou de comptes rendus de fouilles archéologiques. Il
fut secondé, dans toutes ses activités, par son épouse Marguerite, née
de Pourtalès (1852-1930).
En 1989, Denis van Berchem jetait un éclairage original sur les jeunes
années du chercheur en publiant des lettres adressées à sa famille.
D’autres documents, retrouvés depuis lors (journaux de voyages et de
fouilles, correspondance de Marguerite Naville, dessins et
photographies), permettent de compléter et d’enrichir cette approche
et de suivre, au gré d’une documentation encore parcellaire, la
profonde relation, quasi passionnelle, qui a uni le couple, ses
enfants et la terre égyptienne.
Maryvonne CHARTIER-RAYMOND
L’eau dans les sites miniers pharaoniques au Sud Sinaï
Les sites miniers du Sud Sinaï ont été exploités depuis le tout début de l’histoire égyptienne pour fournir en cuivre et en turquoise les temples et le trésor royal. Ils forment un ensemble complexe disséminé dans le massif montagneux. Les noms des sites de Sérabit au nord et de Maghara sont les plus connus. Les expéditions malgré la brièveté des séjours et l’irrégularité de leur présence, ont su comprendre et mettre en valeur la disposition et les conditions naturelles des lieux pour optimiser leur travail. L’eau en est un exemple. Les nombreux mineurs en avaient besoin pour leur vie quotidienne et leur alimentation, ils en avaient aussi besoin pour les libations aux divinités. Et surtout, l’eau était essentielle pour leur travail. Pourtant qui a visité cette région est frappé par l’absence apparente d’eau. Cependant les conditions climatiques antiques avaient favorisé la présence d’une couverture végétale plus importante qu’elle ne l’est aujourd’hui. La présence d’arbres dont ils faisaient du charbon de bois était nécessaire aux mineurs pour la transformation du minerai de cuivre en métal. L’importance des scories au Ouadi Naseb témoigne de la présence jadis d’une végétation très florissante favorisée par une source abondante et qui existe encore aujourd’hui. L’observation des fonds et des rives des ouadis révèle le passage de torrents violents qui ont érodé les bords et déposé sable et gravier à la limite supérieure atteinte par les eaux et dans les cônes de déversement comme celui à l’embouchure du Ouadi Baba dans la plaine de Markha. Des orages et les pluies de fin d’automne et d’hiver peuvent tomber en abondance. Les expéditions ont su conserver cette eau saisonnière. Les mines pour l’exploitation du cuivre et de la turquoise étaient creusées en tranchées ou en tunnels, parfois en exploitation à ciel ouvert. Les carrières creusées parfois sur d’anciens sites de mines donnaient aux Egyptiens la pierre pour le temple de Sérabit et ses nombreuses stèles. Les mineurs ont compris l’utilisation possible de ces aménagements pour les transformer en citernes et ainsi assurer leur ravitaillement en eau. Un exemple étonnant d’utilisation de l’eau et de son abondance relative est l’existence de tables de lavage aménagées à proximité de certaines mines de turquoise. Elles montrent des lignes parallèles de piquetis et de trous creusés dans la roche, correspondants à des sortes de filtres et de piquets retenant des filets. Les mineurs pouvant ainsi nettoyer la turquoise de sa gangue lors de sa découverte et de son affinement. L’eau était ensuite récupérée et réutilisée. L’extraction de la turquoise selon les croyances des anciens Egyptiens n’était possible que si la divinité, Hathor, dame de la turquoise, le voulait. D’où l’importance, et même la nécessité de son culte, et la quantité d’inscriptions de prière et de louange gravées par les expéditions. Un petit sanctuaire inachevé taillé au nord-ouest du temple, montre un aménagement inhabituel. Situé le long de la pente, il profite d’un petit écoulement supplémentaire et reçoit ainsi la moindre eau de pluie en libation automatique, même lors de l’absence des expéditions. Ainsi même si l’eau n’est pas un élément apparent du massif montagneux, les mineurs pharaoniques ont su parfaitement comprendre et tirer remarquablement partie de la géographie et des éléments naturels pour pouvoir mener avec succès leur mission.
Benoit CLAUS
Ramsès III a-t-il été assassiné ? Enquête
à la Cour de Pharaon.
Au 3e mois de Shémou, le 16e jour, de la
32e année de règne de Ramsès III, un policier se présenta à Deir
el-Médineh, le village où étaient « cloîtrés » les artistes en charge
de la décoration de la tombe royale, et leur annonça: « Le faucon
s’est envolé vers le ciel à savoir Ramsès III; le fils de Rê Ramsès
IV, le souverain, s’est assis sur le trône de Rê à sa place. »
Un souverain s’en allait, un autre s’en venait. Quoi de plus normal
dans la succession des générations. Ce qui peut paraître moins normal,
c’est la suspicion d’un complot telle que la justice doit être appelée
pour clarifier les circonstances du décès ! Les proches du roi, le
harem royal mais aussi la famille royale semblent être à l’origine de
ce décès.
Aussi, pour « apprécier » les enjeux de ce complot, il faut, au départ
de cette enquête menée il y a plus de 3000 ans, étudier l’histoire
institutionnelle et économique de la XXe dynastie.
À notre tour donc, cette conférence se veut comme une enquête (toute
histoire est une enquête) sur les événements que nous relatent,
parfois par de nombreux euphémismes ou circonlocutions, quelques
papyrus: corruption, détournement de fonds, envoûtements, parties
fines… Des questions simples y seront posées: Qui ? Quoi ? Quand ? Où
? Comment ? et Pourquoi ? Des réponses plus compliquées y seront
apportées !
Il nous faudra aussi « descendre sur les lieux du crime », à Thèbes,
et y rechercher les traces de la présence Ramsès III mais aussi celles
du lobbying qui se dissimulait derrière les conjurés et incita le
complot.
Philippe COLLOMBERT
Hou 2009. Premiers résultats de la mission de l’Université de Genève.

Le petit village de Hou se trouve en Haute-Égypte, à mi-chemin entre
Abydos et Dendera. Créé par Sésostris Ier, il ne s’agit au départ que
d’un simple domaine agricole nommé Hout-sekhem-Kheper-ka-Rê, destiné à
alimenter les autels du dieu Amon à Thèbes. Pourtant, au fil des années,
la localité se développe jusqu’à devenir la métropole du 7e nome de
Haute-Egypte. Redevenue une bourgade de second ordre à l’époque moderne,
Hou n’a jamais attiré l’attention des égyptologues, probablement
occultée par les riches monuments de ses prestigieux voisins, Abydos et
Dendera.
Pourtant, disséminés en plein milieu du village actuel, subsistent
encore toute une série de vestiges, modestes, qui témoignent de
l’importance passée du lieu. L’unité d’égyptologie de l’Université de
Genève a décidé d’intervenir afin de sauvegarder ces précieux
témoignages et a créé une mission d’étude. Il s’agissait, pour cette
mission initiale, de procéder à un inventaire des structures en place et
d’effectuer les premiers relevés, topographiques et épigraphiques. Ce
sont les premiers résultats de cette campagne, qui s’est déroulée
pendant le mois de juillet 2009, qui seront présentés en première
exclusivité à la Société d’Égyptologie de Genève lors de cette séance.
Laurent COULON
Le "fétiche" osirien d'Abydos et
son culte à Thèbes du Nouvel Empire à l'époque tardive

L'un des emblèmes attachés spécifiquement
au dieu Osiris est le « fétiche abydénien », qui fut élevé par les
Égyptiens des époques tardives au rang de reliquaire conservant la
tête du dieu. L'objet se présente comme une châsse posée au sommet
d’un bâton fiché dans une base en forme de signe-djou
et souvent entouré de différentes entités protectrices ou enseignes. À
Abydos, le fétiche faisait l'objet d'une procession spécifique
largement représentée sur les parois des temples du Nouvel Empire
construits dans ce site, et particulièrement celui de Ramsès II. Dès
cette époque, ce culte abydénien fut adopté comme l'une des formes
majeures de la religion osirienne pratiquée à Thèbes. À la Troisième
Période intermédiaire, à la Basse Époque et jusqu'à l'époque
ptolémaïque, les représentations du fétiche sur les statues dédiées
par les particuliers dans le temple de Karnak reflètent le
développement de ce statut privilégié, à l'égal de celui de la barque
de Sokaris. Les fouilles récentes de l'IFAO et du CFEETK dans le
secteur nord du temple d'Amon à Karnak ont révélé le fonctionnement
des chapelles qui abritaient le culte du fétiche abydénien aux époques
éthiopienne et saïte. C'est cette transposition des fêtes d'Abydos
devenue l'un des aspects majeurs du culte osirien à Thèbes que nous
nous proposons d'illustrer à travers les résultats récents de
l'archéologie et de la recherche égyptologique.
Luc DELVAUX
Senenmout récompensé par Hatshepsout : L’ « humble serviteur » et les « écrits des ancêtres »

Les portraits de Senenmout, grand intendant d’Amon sous le règne de Hatshepsout, sont particulièrement nombreux : pas moins de vingt-cinq statues, offertes pour la plupart au dignitaire par la reine. Ces monuments, conçus à l’initiative royale, évoquent les principales fonctions de Senenmout, notamment celle de précepteur de la princesse Neferourê, fille de Hatshepsout. Leur analyse permet d’étudier les modalités du don royal de statues à la 18e dynastie, le mécanisme complexe de leur mise en place dans les temples, et l’association de ces cadeaux royaux aux grands événements du règne. Mais elle mène aussi à comprendre comment la créativité des sculpteurs égyptiens se combine avec la référence à la tradition, pour élaborer ces images de pouvoir qui, par la complexité de leur discours, apparaissent comme de véritables créations intellectuelles, destinées aux lettrés de l’élite dirigeante.
Andreas DORN
Le campement des ouvriers de la Tombe dans la Vallée des Rois (Nouvel Empire, env. 1150 av. J.-C.)

La découverte d’un ensemble de huttes d’ouvriers dans la Vallée des Rois a été réalisée par le projet MISR: « Mission Siptah – Ramses X. » de l’Université de Bâle (Suisse) au cours de l’exploration des alentours de l’entrée de la tombe de Ramsès X (KV 18) de 1998 à 2005. L’importance du campement au temps de Ramsès IV donne une nouvelle vision de la Vallée des Rois : le paysage n’est plus seulement marqué par les falaises et les pentes rocheuses où s’ouvrait l’entrée des tombes, ni par les déblais d’excavation entassés en différents endroits ; il comprend également un ensemble de huttes agglutinées les unes aux autres, qui couvrait une surface considérable. La Vallée des Rois n’était pas uniquement un endroit sacré, un lieu isolé renfermant la sépulture des rois du Nouvel Empire, mais aussi un chantier permanent servant en même temps de domicile temporaire aux ouvriers. Les huttes n’étaient pas seulement de simples « cabanes de chantier », mais aussi des demeures modestes aux ouvriers qui y vivaient pendant leur semaine de travail de neuf jours (le dixième jour étant leur jour de congé). Un chevet retrouvé in situ dans l’une des huttes fait bien ressortir le fait que celles-ci étaient utilisées comme lieu de repos. Les objets provenant des huttes nous donnent de nouvelles informations sur les différents sphères de la vie sur le chantier et de la vie quotidienne des ouvriers de Deir el-Medine : la nourriture sur le site, l’éducation des élèves en dessin et en écriture, l’administration du travail et les pratiques religieuses. Les stèles par exemple sont l’expression de la piété personnelle des ouvriers. Elles témoignent du besoin d’entrer en contact direct avec une divinité choisie, objet d’une piété particulière. Le contexte des trouvailles et surtout l’absence d’inscriptions dédicatoires sur ces stèles montrent clairement qu’il ne s’agit pas d’objets votifs, qui auraient été plus tard consacrés en offrande dans un sanctuaire, mais d’objets de possession privée, qui faisaient partie de l’inventaire d’une pièce d’habitation. De plus, les différentes stèles avec les noms des adorateurs mises au jour sur le site permettent d’identifier certains des occupants de ces huttes, ce qui jusqu’à présent était uniquement possible à Deir el-Medine même.
Khaled EL-ELANY
La vénération posthume des pharaons.
Alors que le souvenir de nombreux
pharaons s’estompa rapidement après leur décès, d’autres, moins
nombreux, furent l’objet d’un hommage posthume important de la part
des générations ultérieures – rois aussi bien que particuliers. Les
aspects de la vénération post mortem du pharaon sont très divers:
maintien de son culte funéraire, entretien et restauration de ses
monuments, représentation ou vénération sur les monuments des périodes
ultérieures, dédicace de monuments votifs à son honneur, invocation à
l’instar des dieux dans les proscynèmes, constitution de noms
basilophores formés à partir du sien ou emprunt d’un, voire de
plusieurs éléments de sa titulature, etc.
Cet exposé s’intéresse en particulier à la vénération posthume des
pharaons de l’Ancien et du Moyen Empire, tels Djoser, Snéfrou, Ounas,
Téti, Montouhotep-Nebhépetrê, Sésostris Ier, Sésostris III et
Amenemhat III.

D’après E. Naville, The
XIth Dynasty Temple at Deir El–Bahari I,
MEEF 28,
Londres, 1907, pl. XXIV.
Stèle en granite, découverte par Naville
à Deir al-Bahari; Musée égyptien du Caire (JE 38655).
Le tableau principal est divisé en deux scènes presque symétriques:
Sésostris III consacre des offrandes variées devant Amon-Rê maître de
Karnak à gauche, et devant le roi Montouhotep-Nebhépetrê à droite.
Frank
FEDER
Le Thesaurus Linguae Aegyptiae (TLA) - un
corpus de textes égyptiens sur internet.
Page d'accueil du TLA
http://aaew2.bbaw.de/tla/index.html
Le Thesaurus Linguae Aegyptiae est un
corpus digital de textes égyptiens transcrits et traduits en allemand,
qu’on peut consulter et utiliser via internet depuis 2004. Il est lié
à un lexique basé sur les lemmes du « Wörterbuch » de Berlin (« Berliner
Wortliste »). Chaque texte est accompagné d’une bibliographie et
d’informations sur la provenance, la datation, le matériau, etc. de
l’objet sur lequel se trouve le texte. Le lexique propose également
une traduction anglaise.
Le grand avantage du TLA, en plus du fait de pouvoir être consulté
partout au monde où l’on dispose d’un accès internet, est qu’il s’agit
d’un système qui peut être successivement élargi, actualisé et
corrigé. Le TLA a aussi le potentiel de permettre, dans l’avenir, des
recherches grammaticales ou linguistiques. Et, bien entendu, le TLA
peut être facilement utilisé comme un dictionnaire traditionnel, mais
avec l’avantage d’avoir la possibilité de se rendre compte de
l’utilisation d’un mot directement dans son contexte.
L’actualisation du TLA, qui va être effectuée courant novembre 2005,
inclura également l’intégralité de l’ancien « Wörterbuch » digitalisé,
offrant la possibilité de consulter les références (« Belegstellen »)
de nos archives, voire les fiches du « Wörterbuch », directement à
partir de la page digitale actuelle du « Wörterbuch ».
À présent, le TLA est entrepris en coopération entre les académies de
Berlin-Brandebourg, de la Saxe à Leipzig, le projet du Livre des Morts
à Bonn (Académie de Nordrhein-Westfalen) et le projet des textes
démotiques de l’académie des langues et de la littérature de Mainz à
Würzburg. La présentation du corpus en format internet et la
coordination des matériaux se font à Berlin. Une coopération plus
large, au niveau international, est également souhaitée et il y a déjà
des contacts concrets. Ainsi, il existe, par exemple, une coopération
actuelle avec M. René Preys de l’Université Catholique de Louvain qui
va offrir au TLA des textes des temples ptolémaïques et romains
traduits en français.
Luc GABOLDE
De Sa Majesté la reine Hatchepsout à sa
majesté le roi Maâtkarâ.

Entre la mort de son frère et époux
Thoutmosis II et sa propre accession à la dignité de pharaon au
tournant de l’an VII de Thoutmosis III, la reine Hatchepsout a exercé
une régence qu’on supposait volontiers active mais qui était demeurée
jusqu’à présent très mal connue parce que fort peu documentée.
Avec l’étude, par l’auteur de la présente conférence, de quatre
monuments en calcaire de Karnak qui remontent à cette époque charnière
et dont les blocs avaient été remployés sous le règne de Thoutmosis
III pour garnir le sous-sol de la « cour de la cachette », cette
histoire sort en partie de l’ombre.
Le plus ancien de ces édifices, sans doute entrepris à l’extrême fin
du règne de Thoutmosis II, est une chapelle (de barque ?) en calcaire
de Toura où Hatchepsout accompagne partout son époux dans les scènes
de culte, occupant d’ores et déjà une position exceptionnelle, quoique
cantonnée au second rang.
Avec le Netery-menou, une étape nouvelle est franchie: la reine y
apparaît la plupart du temps seule devant le dieu ou seulement
accompagnée de Néférourê. Dans quelques cas on l’a figurée suivant
Thoutmosis II, mais il s’avère que les représentations du roi sont
posthumes, et qu’elles ont même, parfois, remplacé des images de
Thoutmosis III. Ce dernier souverain n’est toutefois pas absent de
l’édifice et son nom intact apparaît sur des jambages de porte ou a
été volontairement épargné dans certains registres de scènes.
Un petit monument à niches, consacré au culte de plusieurs membres de
la famille royale, associe ainsi Hatchepsout, Neferourê à Thoutmosis
II. Le roi, assurément défunt (Neferourê est « sœur de roi ») est
paradoxalement figuré comme s’il était vivant, confirmant qu’il a
bénéficié d’une vénération posthume d’un genre très exceptionnel.
Enfin, un fragment d’une petite chapelle édifiée dans une "place
sacro-sainte" de Karnak, peut-être identique à l’édifice dont d’autres
blocs avaient été exhumés à Karnak-nord, montre que dans les textes la
reine finit par adopter la totalité des épithètes dévolues au roi,
puis en revêt la titulature, tandis que, dans les représentations,
elle arbore encore des caractères féminins, lesquels seront seulement
quelque temps plus tard masculinisés.
Pour Hatchepsout, le passage de l’état de veuve et régente du royaume
à celui de pharaon fut en somme très progressif, mais il faut
souligner que l’accaparement par la reine de certaines prérogatives
royales intervient extrêmement tôt, peut-être dès les derniers mois du
règne de Thoutmosis II, et ne cessera de se renforcer jusqu’à son
accession au trône.
Dernière particularité remarquable des monuments de Karnak, et non des
moindres: une série de martelages et de regravures dont certains sont
exceptionnels et inédits: noms de Thoutmosis II inscrits sur ceux de
Thoutmosis III effacés, Hatchepsout sur Thoutmosis III, Maât-ka-Rê sur
Hatchepsout.
L’enquête fournit l’occasion d’examiner de près la période féconde
allant de la fin du règne de Thoutmosis II (dont le règne est
réévalué), à l’avènement de la corégence avec Thoumosis III entre l’an
VII et l’an VIII, à travers les monuments de Karnak mais aussi du
Sinaï, du reste de l’Égypte et de la Nubie et d’observer par quelles
étapes les fonctions régaliennes seront peu à peu complètement
dévolues à la reine-pharaon.
Philippe GERMOND
La protection magique individuelle dans
l'Égypte ancienne: le monde symbolique des amulettes.

La création mise en place la "Première
Fois" par le démiurge évoque une situation idéale de parfait
équilibre. Toutefois, cet équilibre reste fragile. Sans cesse menacé
par l'action dévastatrice de dangereuses puissances qui peuvent se
déchaîner à tout moment, il est particulièrement vulnérable dans les
délicates situations de "passage": alternance du jour et de la nuit,
changement de règne ou de saison, passage du monde terrestre à celui
de l'au-delà...
Religion "officielle" et pratiques magiques se complètent et attestent
d'une finalité commune: maintenir à distance les forces destructrices
qui menacent le monde organisé et pourraient le renvoyer en un état
latent et désorganisé, antérieur à celui de la "Première Fois".
Si, à l'intérieur des temples, la pratique du culte quotidien, la
célébration de fêtes importantes ou la mise en oeuvre de rituels de
protection permettent la sauvegarde collective du pays entier,
l'Égyptien, en tant qu'individu, fait plus volontiers appel à des
formes de protection magiques, qui lui sont directement accessibles.
C'est dans ce contexte précisément que les amulettes déploient toute
leur efficacité. La collection Jacques-Édouard Berger au MUDAC (Musée
de Design et d'Art Appliqués Contemporains) de Lausanne en fournit une
excellente illustration.
Matthieu HONEGGER
Les origines de Kerma: des dernières
sociétés de chasseurs-cueilleurs à l'avènement du premier royaume de
Nubie.

Depuis plus de 30 ans, la mission
archéologique de l’Université de Genève entreprend des recherches à
Kerma, dans le nord du Soudan. Cet endroit privilégié a vu la
naissance du premier royaume d’Afrique noire, véritable rival de
l’Empire égyptien.
Les résultats des fouilles menées sur plusieurs chantiers permettent
de retracer les grandes étapes du développement de la société
nubienne, depuis les premières populations sédentaires, il y a 10'000
ans, jusqu’à l’apogée du royaume de Kerma, il y a 3’500 ans. Ce
parcours à travers le temps conduira à analyser l’organisation de
nécropoles et d’habitat, en tentant de mettre en évidence les
processus de hiérarchisation sociale et d’urbanisation, qui
participent à la formation de la civilisation de Kerma.
Dimitri LABOURY
Le portrait de Pharaon à l'époque
post-amarnienne et l'iconographie de l'enfant-roi Toutankhamon.

L’exposé présentera une analyse du
portrait de Toutankhamon, en tentant de mettre en évidence sa
signification historique, tant vis-à-vis des prédécesseurs que des
successeurs de l’enfant-roi. Dans ce contexte, une attention
particulière sera apportée aux nombreux objets que le pharaon a
usurpés dans le mobilier funéraire de ses prédécesseurs directs, ainsi
qu’à la récupération du modèle de Toutankhamon, le dernier véritable
descendant de la XVIIIe dynastie, dans l’iconographie de ses
successeurs.
Christian LEBLANC
Les temples de millions d’années
dans le contexte thébain. État des recherches sur leurs fonctions
liturgique, économico-administrative et socio-culturelle.

Au sein de la communauté égyptologique,
on a longtemps considéré que les temples construits à l’ouest de
Thèbes durant le Nouvel Empire, étaient des monuments à vocation
exclusivement funéraire, réservés au culte des pharaons défunts. Leur
emplacement, sur la rive ouest du Nil, traditionnellement associée à
la "rive des morts", a largement conforté cette idée. Pourtant, les
recherches et les découvertes récentes semblent confirmer que la
fonction de ces temples — dont il existait des exemples jusque dans le
Delta — était bien plus étendue. À la fois centres religieux et
conservatoires de la mémoire, les « châteaux de millions d’années » —
ainsi que les appelaient les anciens Égyptiens — étaient sans doute
bien plus encore des délégations administratives, économiques et
socio-culturelles de l’institution monarchique en milieu régional.
Liés à la fonction royale et au concept du roi-prêtre, ces monuments
apparaissent comme des œuvres personnelles, où sont glorifiées les
actions d’un règne. Administrés par de hauts fonctionnaires de l’État,
leur rôle était aussi de participer à la redistribution des richesses
de la Couronne: à ce titre, il s’agissait de structures intermédiaires
entre le pouvoir central et la population mise au service du pharaon.
Dès lors, on comprend mieux pourquoi certains événements se
déroulèrent à leurs portes, notamment lors des grèves et des
manifestations qui vinrent ternir, à Thèbes, la fin du règne de Ramsès
III. L’intronisation du prêtre-roi, au début de la Troisième Période
Intermédiaire, va modifier profondément la nature de la royauté
pharaonique: c’est aussi à cette époque, vers l’an 1000 avant notre
ère, que disparaissent définitivement les « châteaux de millions
d’années ».
Christian LOEBEN
La collection égyptienne du Museum August Kestner à Hanovre (Allemagne): histoire - présent - futur et récentes recherches égyptologiques.

Georg Christian August Kestner (1777-1853), fils de Charlotte Buff et véritable modèle de la « Lotte » dans le « Werther » de Goethe, a vécu comme ambassadeur du royaume de Hanovre auprès du Saint Siège et de Naples durant une grande partie de la première moitié du 19e siècle. Pendant son séjour romain, il a acheté œuvres d’art et antiquités qu’il légua après sa mort à sa ville natale demandant à Hanovre la construction d'un « Museum Kestnerianum » afin de les héberger. Cet ensemble était entre autres formé de près de cinq cents œuvres égyptiennes, ce qui constituait à l'époque la plus grande collection égyptienne détenue par un particulier. En 1935, la ville de Hanovre acheta mille cinq cents objets égyptiens, provenant en grande partie de la collection privée de Friedrich Wilhelm Baron von Bissing. Alors qu’il réunit aujourd’hui environ quatre mille objets égyptiens, le « Museum August Kestner » figure parmi les plus importantes collections de son genre en Allemagne, ainsi que parmi les collections égyptologiques mondiales les plus complètes. Malheureusement, bien que splendide, celle-ci n'a jamais été étudiée avec soin et reste pratiquement inédite. Depuis cinq ans, l'auteur de cette conférence entreprend une recherche profonde de l’ensemble de cette collection égyptienne avec des résultats tout à fait étonnants, voire inattendus ... pour les photos : (c) Museum August Kestner, Photo: Christian Tepper
Florence MARUÉJOL
L'œuvre architecturale de
Thoutmosis III à Thèbes

Lorsque l’on évoque Thoutmosis III, on pense
aussitôt au conquérant et au fondateur d’empire qui a déployé pendant
les vingt première années de son règne autonome une activité militaire
incessante en Syrie-Palestine. Le souverain s’est pourtant illustré
dans d’autres domaines au premier rang desquels figure l’architecture.
Thoutmosis III qui a laissé sa marque dans de nombreuses villes et
sites d’Égypte et de Nubie s’affirme, en effet, comme l’un des plus
grands bâtisseurs que l’Égypte ait connu. Les destructions subies par
nombre de ses monuments ne permettent plus aujourd’hui de voir son
œuvre dans toute son ampleur. C’est encore Thèbes, berceau du dieu
Amon, particulièrement favorisée par le roi, qui rend le mieux justice
à ses constructions tout en mettant en évidence leurs liens avec les
édifices et les idées religieuses d’Hatchepsout, sa corégente. À
Thèbes-est comme à Thèbes-ouest, les fouilles et les travaux récents
complètent et renouvellent même parfois complètement la connaissance
que l’on avait jusque-là des réalisations de Thoutmosis III dans la
capitale religieuse de l’Égypte.
Marguerite MORFIN
Les fouilles de Permedjed, la future
Oxyrhynchos.

Depuis 1992, par le biais de relations
internationales, je suis associée aux fouilles du site d’Oxyrhynchos,
menées par l’université du Caire et de Barcelone sous la direction des
Professeurs J. Padró et Hassan Amer. La ville d’Oxyrhynchos, est le
nom grec d’un site égyptien plus ancien, « Celui des Medjaiou »
(P(3)-n-Mḏ3yw) de la période ramesside, qui a évolué au moins sous
Piânkhy en Pr-Mḏd. Avec Psammétique Ier, elle apparaît comme capitale
du XIXe nome de Haute Égypte.
La ville actuelle de Bahnasa, également connue dans les textes coptes
sous le nom de Pemdjé, est située à 200 km au sud du Caire, dans la
province de Minieh. Les ruines de la ville gréco-romaine sont encore
visibles dans le territoire occidental de Bahnasa, à l’ouest du Bahr
Youssef : porte monumentale, carrefour marqué par une colonne,
nilomètre, théâtre. Les parties fouillées sont précisément localisées
sur la rive ouest du Bahr Youssef, dans le désert occidental, non loin
de ces ruines.
La ville grecque a pris le nom du poisson au nez pointu, l’oxyrhynque
– également connu sous le nom de mormyre –, qui était vénéré dans le
XIXe nome de Haute Égypte. De ce culte, des ex-voto de bronze
représentant des mormyres ont été retrouvés dans une « favissa » des
environs de Bahnasa. Certains de ces poissons portent le nom de
Touèris, dans une formule du type : « Touèris donne la vie à Onnophris,
fils de Sisobek ». Leur tête est surmontée d’une couronne d’Hathor-Isis.
Leur corps est parfois placé sur un traîneau à la manière d’une statue
votive. Ce poisson incarne la déesse Touèris, annonciatrice de la crue
du Nil et de la renaissance végétale. Le dévot déposait ce poisson
dans la cour du temple pour un sien décédé. D’après les nombreux
papyrus grecs, coptes, ramassés sur le site par Bernard Grenfell,
Arthur Hunt et Evaristo Breccia, les Grecs ont rendu un culte à Athéna
qu’ils ont identifiée à Neith et Touèris. Neith est la divinité
protectrice de la ville de Saïs et des pharaons de la XXIVe et XXVIe
dynastie. Cette déesse guerrière est vénérée dans tout le désert
occidental et plus particulièrement au Fayoum. Comme Touèris, elle
protège Osiris. Touèris aurait eu plusieurs sanctuaires dans la ville
d’Oxyrhynchos. Parmi les nombreux documents, le papyrus copte qui
relate le martyre d’Apa Epima mérite d’être signalé. Il mentionne un
temple pour cette divinité, non loin du tétrastyle et du forum, à
proximité du chantier de fouilles.
L’origine d’Oxyrhynchos semble avoir été une forteresse dès Ramsès II,
vite devenue une ville importante. Son rayonnement est dû en partie, à
sa situation géographique : un carrefour de voies caravanières et
fluviale. Très tôt, l’oasis de Bahria va lui être associée et désignée
dans les textes grecs comme « petite oasis » d’Oxyrhynchos.
Claude OBSOMER
Le roman de Sinouhé: traduction et
interprétation.

Le récit des aventures de Sinouhé est
souvent présenté comme l’une des œuvres les plus célèbres et les mieux
achevées de la littérature égyptienne d’époque pharaonique. Rédigé au
Moyen Empire sous le règne de Sésostris Ier (XIIe dynastie, vers
1958-1913 avant J.-C.), ce récit était devenu, à l’époque ramesside,
l’un des textes «classiques» étudiés et copiés dans les écoles de
scribes.
Depuis la publication, il y a un siècle et demi, du pBerlin 3022
conservant la copie à la fois la plus complète et la plus ancienne de
l’œuvre, l’intérêt des égyptologues n’a pour ainsi dire jamais décru.
L’œuvre toutefois est loin d’avoir livré tous ses secrets. Cela tient
pour une bonne part à l’atmosphère de mystère qui entoure, à dessein,
le moment crucial de l’intrigue, lorsque, peu après le décès du roi
Amenemhat Ier, Sinouhé surprend de nuit les propos échangés entre un
fils royal et, semble-t-il, un messager, propos dont la teneur ne nous
est pas livrée, mais qui provoquent chez le héros un trouble profond
qui l’entraînera finalement sur le chemin de l’exil.
Qui était Sinouhé, qu’a-t-il pu entendre et pourquoi a-t-il fui ? Une
réponse à ces questions pourra être proposée grâce à l’éclairage
offert par d’autres textes et documents du règne de Sésostris Ier,
notamment l’Enseignement d’Amenemhat.
Christophe THIERS
Un puzzle en cours d'étude: le temple
ptolémaïque et romain de Tôd.

La reprise des travaux épigraphiques sur
le site de Tôd, situé à une dizaine de km au sud de Louqsor, a dans un
premier temps porté sur le temple ptolémaïque et romain consacré au
dieu Montou. Depuis plusieurs campagnes, ce sont les centaines de
blocs épars ayant appartenu aux parois du temple qu’il s’agit
d’inventorier et d’étudier afin d’enrichir notre connaissance du
programme iconographique et théologique du monument.
Francesco TIRADRITI
L'univers des couleurs de l'Égypte
ancienne.
Le temps n'a pas affecté les couleurs
utilisées par les peintres égyptiens dans la décoration de tombes.
L'impression laissée lors de la visite de ces monuments est celle d’un
travail achevé par les artistes le jour précédent. Quelques temples
nous offrent encore des traces des tons originaux et les fouilles ont
permis de découvrir des enduits colorés qui recouvraient le pavement,
les parois et les plafonds des palais royaux et des édifices les plus
importants. Malgré toutes les études dédiées principalement aux tombes
peintes de la nécropole thébaine, l'univers des couleurs de l'Égypte
ancienne reste encore un monde à explorer. Cette conférence propose un
voyage de 2000 ans à la découverte du sens et de l'usage des couleurs
dans l'Égypte ancienne dans le but de percevoir l'intime de la culture
nilotique à travers les nombreuses traces picturales qu'elle nous a
léguées.
Claude TRAUNECKER
Akhenaton, géographe du Disque

Dans de nombreux ouvrages, Akhenaton est
présenté comme le premier penseur monothéiste de l’histoire. La
découverte de documents récents conduit les chercheurs français à
réviser cette approche. Il apparaît que le successeur d’Amenhotep III
a repris un principe de théocratie déjà partiellement mis en pratique
par son père et où la reine joue le rôle de la déesse Hathor. Il crée
un nouveau dieu “ Horus Rê qui s’exalte à l’Horizon en son apparence
de lumière qui est dans le Disque ”. Le Disque solaire (Aton) n’est
que la manifestation tangible dans le sensible de la puissance
créatrice de la lumière et de la chaleur. Aton n’est pas un dieu mais
l’emblème de sa puissance. Il est Unique car il n’a pas de semblable,
mais cette affirmation n’exclut pas les dieux d’Égypte. Bien au
contraire car ils sont tous conviés à participer au culte du dieu
d’Akhenaton. De plus nous savons maintenant que le site de Tell el
Amarna fut choisi après des observations des mouvements célestes du
Disque permettant de calculer la latitude moyenne du pays considéré de
la 1ère cataracte et l’extrémité nord du Delta. Cette découverte
majeure conduit à reconsidérer les bases mêmes du culte atonien et son
fonctionnement théocratique.
Christian UBERTINI
Restitution architecturale à partir des blocs et
fragments épars d’époques ptolémaïque et romaine à Éléphantine.

L’étude architecturale des blocs et
fragments épars d’époques ptolémaïque et romaine de l’antique cité
d’Éléphantine à Assouan, menée par l’Institut Suisse de Recherches
Architecturales et Archéologiques de l’Égypte ancienne, a permis de
restituer l’architecture de plusieurs temples jusqu’ici inconnus.
Grâce à une approche basée sur l’analyse indiciaire des blocs (traces
d’outils, tracés de construction, etc.) ainsi que sur la médiation de
modèles comparatifs, l’ensemble du matériel, y compris les blocs
anépigraphes, a pu être replacé virtuellement dans son contexte
architectural d’origine. Ces temples font partie des dernières
constructions édifiées à Éléphantine. La qualité d’exécution de leur
maçonnerie et l’état de conservation exceptionnel des blocs ont permis
d’exploiter au maximum les ressources du matériel conduisant à une
restitution détaillée des temples, ceci en dépit du caractère
lacunaire du matériel et de l’absence de vestiges in situ. Une
première partie de ces travaux vient de faire l’objet d’une
publication (C. Ubertini, Elephantine XXXIV, AV120, Mainz 2005) qui
complète l’étude épigraphique publiée par E. Laskowska Kusztal (Elephantine
XV, AV73, Mainz 1996).
Robert VERGNIEUX
Découvrir l'Égypte en 3 dimensions

Si les nouvelles technologies permettent
de simuler en 3D les édifices disparus de l'Égypte Pharaonique, elles
permettent aussi de revisiter l'Égypte du XIXe siècle grâce aux
photographies stéréoscopiques qui ont été prises dans la vallée du Nil
depuis les origines de la photographie.
Après avoir évoqué les différentes techniques qui furent mises en
oeuvre, nous ferons une promenade en stéréoscopie sur les sites
archéologiques majeurs ainsi que dans la société nilotique du XIX.
Pascal VERNUS
Le papyrus dit « érotique » de Turin

Le papyrus « érotique » de Turin illustre combien une discipline scientifique demeure poreuse à l’ambiance morale de son temps. La réaction horrifiée de J.-Fr. Champollion quand il découvrit le document a gauchi sa destinée égyptologique. En témoigne, le nom même de « papyrus érotique ». Les débats sexuels auxquels il réfère n’occupent, en fait, qu’une partie du document, mais ce sont eux qui ont été jugés propres à le caractériser. Ce qui en dit long sur l’inconscient des égyptologues. L’autre partie est dévolue à des parodies animalières. Les artifices graphiques tendent à indiquer l’appartenance des deux parties à un même ensemble. Quelle finalité commune unissait donc, d’une part les ébats sexuels, d’autre part les parodies animalières, pour qu’ils aient été conjoints sur le même papyrus, à travers un apparat qui les conjugue en une bande dessinée présentée comme une unité ? Affleure une tendance assurément transculturelle - pensons au carnaval en occident - selon laquelle, en de certains contextes, les hiérarchies et les règles sont sinon abolies, à tout le moins moquées, et prises comme prétextes à amusement, voire tournées en dérision ou en ridicule. Dans l’Égypte pharaonique, cette tendance a été codifiée en tant qu’idéal du « divertissement » et du « suivre son désir », et intégrée à l’idéologie de l’élite dominante.
Pascal VERNUS
Des porcs pour Sakhmis !

On sait le statut ambigu du porc dans l’Égypte pharaonique. La zoo-archéologie a montré qu’il constituait une importance source de protéines animales dans la diète de nombre d’égyptiens. En revanche, sur le porc, particulièrement le porc mâle, pèse un tabou dans les croyances. Un mythe étiologique réutilisé à des fins funéraires rend compte de son interdiction comme offrande. Pourtant, dans certains cas, le porc était utilisé comme animal sacrificiel, en particulier pour Sakhmis, dans la mesure où on privilégiait dans l’ambivalence fondamentale de la victime animale, sa valorisation comme représentant le mal à détruire. On se propose d’analyser les documents illustrant ce statut exceptionnel.
Youri VOLOKHINE
Ruines et paysages d’Ermant.

Intérieur de la crypte n°1 du temple de Ptolémée XII (Ermant). Défilé
de génies gardiens taurocéphales. Cliché Y. Volokhine.
Située aux confins orientaux de la
thébaïde, la ville d’Ermant ne laisse deviner de son flamboyant passé
qu’un ensemble de ruines éparses. Au centre de l’antique Hermonthis,
le voyageur pressé ne verra que des ensembles disjoints, des
amoncellements de blocs, et de rares structures en place. Laissé
presque en friche par l’archéologie depuis les années 30, le site ne
recèle pas moins d’appréciables informations. Depuis 2001, une mission
conjointe de l’Ifao et de l’Université de Montpellier a entrepris de
se pencher sur ces monuments. Travaillant d’abord sur les structures
arasées du temple de Ptolémée XII Néos Dionysos, la mission a pu
mettre en lumière des pans nouveaux des théologies thébaines tardives,
grâce à l’étude et à la publication des cryptes (aujourd’hui à ciel
ouvert) du temple, qui étaient restées méconnues jusqu’à lors. C’est
également à un survey général des témoignages antiques disséminés un
peu partout dans la cité populeuse moderne que la mission se consacre.
La présente conférence tentera de présenter les résultats des
premières missions, tout comme les perspectives d’avenir.
(http://recherche.univ-montp3.fr/egyptologie/index.php?page=ermant)
Sandrine VUILLEUMIER
Autopsie d'un manuscrit: la
nature et le rôle des rituels retranscrits par le P. Princeton
Pharaonic Roll 10.

Des textes, des
représentations monumentales, des calendriers ou de menus objets nous
permettent de nous représenter ce qu’étaient les cérémonies célébrées
dans l’Égypte antique. À partir de ces éléments, les égyptologues
tentent de restituer le déroulement des rituels mis en œuvre dans les
temples en faveur des dieux, ou dans les tombes à l’attention des
défunts. C’est ainsi que l’on connaît relativement bien le Rituel du
culte divin journalier et le Rituel de l’Ouverture de la bouche
notamment, ou des rites plus spécifiques comme par exemple les
Mystères célébrés en l’honneur d’Osiris au mois de Khoiak. La question
même du rituel et de ses pratiques continue d’être analysée par les
spécialistes. Le papyrus Princeton Pharaonic Roll 10, dont je prépare
l’édition critique, s’y rattache puisqu’il contient un ensemble de
rituels et de liturgies réunis en faveur d’un prêtre d’époque tardive.
Si ces textes ont été clairement réunis dans un but funéraire, on peut
se demander quelle volonté rédactionnelle a prévalu à la création de
ce manuscrit ? D’ailleurs, était-il destiné à accompagner le défunt
dans l’au-delà ou plutôt à être lu lors de cérémonies funéraires ?
D’où tire-t-il son origine ? Peut-il être mis en lien avec une fête,
un lieu spécifique ou une tradition particulière, et si oui lesquels ?
Et qui était ce personnage qui ne s’est pas contenté d’un magnifique
Livre des Morts illustré de belles vignettes ? Que de questions,
auxquelles il faut tenter d’apporter des réponses.
Jean
WINAND
Le mur d'enceinte du temple d'Amon-Rê à
Karnak.

Le mur qui ceinture la partie centrale du
temple d'Amon-Rê à Karnak, sur l'axe ouest-est, fut construit par
Thoutmosis III. La décoration que l'on peut contempler aujourd'hui est
l'oeuvre de Ramsès II. Après une présentation générale, la conférence
abordera les principaux problèmes posés par l'étude de ce monument:
gestion des blocs épars, étude architecturale, reconstitution
diachronique, graffiti, etc.
Annik WÜTHRICH
Le renouveau des concepts funéraires à la
Troisième Période intermédiaire à la lumière de six formules du
Livre des Morts.

La Troisième Période intermédiaire marque
une rupture importante dans l’histoire égyptienne. Outre les problèmes
politiques et sociaux qu’elle produit, elle est l’occasion d’un
renouveau idéologique engendré par la montée en puissance du clergé
amonien qui sera à l’origine de la création de textes novateurs.
Ainsi, plusieurs formules seront ajoutées au Livre des Morts. Alors
que certaines d’entre elles n’apparaissent que ponctuellement, une
série de chapitres sera utilisée de façon récurrente jusqu’à la fin de
l’époque ptolémaïque, voire intégrée à d’autres livres funéraires.
Identifiés et recensés en 1882 par Pleyte, les chapitres
supplémentaires 162 à 167 ont été rédigés dans la mouvance des
courants idéologiques de l’époque. Ils comportent des caractéristiques
qui les rendent tout à fait originaux dans le corpus traditionnel de
ce livre funéraire. Pour la première fois, Amon apparaît comme une
divinité à caractère funéraire en plus de ses attributs habituels. La
Nubie et sa magie tiennent également une place importante que l’on
observe notamment à travers l’emploi de termes méroïtiques. La langue
de rédaction s’éloigne de l’égyptien de tradition pour intégrer des
tournures propres à cette période.
Pierre ZIGNANI
Tremblements de terre dans la vallée du
Nil
L’enseignement des bâtisseurs des pharaons

En termes de désastres, les écrits de
l’Égypte pharaonique ne semblent pas retenir l’aspect dramatiquement
humain des tremblements de terre. Cela permet-il, pour autant, de
croire que sous les Pharaons, les tremblements de terre étaient
inexistants, ou tant espacés dans le temps et modérés en intensité
qu’ils n’étaient associés qu’à une forme d’allégresse des dieux ?
L’argument d’une destruction d’origine sismique est cependant bien
présent dans le récit de voyage de Strabon qui rapporte, sans en avoir
été le témoin direct, que les dégâts du colosse de Memnon sur le
parvis du temple d’Amenhotep III à Thèbes sont imputables à un
tremblement de terre. Le recours ancien à un tel argument ne permet
pas de souscrire trop rapidement à l’idée d’une sismicité légère et
peu fréquente dans la vallée du Nil.
L’hypothèse de secousses sismiques est parfois formulée par les
archéologues pour expliquer des dégâts sur des structures. Loin d’une
image romantique, mystérieuse et pittoresque véhiculée aujourd’hui
autour des vestiges de l’architecture pharaonique, l’observation de la
technique constructive permet, en s’interrogeant sur l’origine de
détails et de mises en oeuvre, de proposer l’existence d’une véritable
culture sismique dans l’art de bâtir des Anciens Égyptiens.