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Résumés des conférences 2005-2009

Florence BARBERIO
Nouvelles recherches sur la tombe de Séthi 1er: À propos de fragments décorés découverts par la mission MISR de l'Université de Bâle.



Page d'accueil du MISR
http://pages.unibas.ch/talderkoenige/

Les travaux menés depuis 1998 sur le site de la Vallée des Rois par la Mission MISR de l’Université de Bâle ont conduit à la mise au jour d’une très grande quantité de fragments décorés provenant de la tombe de Séthi Ier (KV 17). La découverte inattendue de ce matériel résulte des fouilles pratiquées à proximité de la tombe voisine (KV 18) qui, bien que prévue initialement pour Ramsès X, ne fut jamais achevée et resta inutilisée. Signalons que d’autres fragments du même type ont été également retrouvés à l’occasion des fouilles réalisées par Ted Brock aux abords des tombes de Séthi Ier et Ramsès Ier (KV 16), et que certains éléments ont même été découverts par Otto Schaden jusque dans la tombe d’Amenmès (KV 10). L’enregistrement de la documentation, commencé en 2003, est aujourd’hui pratiquement achevé. À ce jour, on dénombre près de 2300 fragments de paroi (ou de pilier) et presque autant de fragments de plafond. Les premiers se distinguent par le traitement du décor en bas-relief peint, à la différence des seconds qui sont seulement peints et présentent soit des restes de « ciel étoilé » soit des restes de « décor astronomique ». L’identification du décor subsistant sur les fragments de paroi permet d’en établir la provenance au sein de l’hypogée et autorise dans certains cas à replacer très exactement l’élément manquant dans son contexte d’origine. Les nombreuses dégradations subies par le tombeau de Séthi Ier depuis sa découverte en 1817 expliquent en grande partie l’existence de ce matériel. On rencontre néanmoins certains éléments (tant de paroi que de plafond) qui, faute de pouvoir être mis en relation avec le décor actuel de la tombe, pourraient témoigner d’un état antérieur de la décoration et parler en faveur de certains remaniements opérés dans la salle du sarcophage.

Susanne BICKEL
Le jubilé d'Amenhotep III, nouveaux documents de Karnak.


Le temple de Khonsou, à l’intérieur de l’enceinte de Karnak, est construit en grande partie avec des matériaux réutilisés. Pour le pylône et la cour, les bâtisseurs ont démonté une structure de l’époque d’Amenhotep III, entièrement décorée d’un cycle de reliefs dédié à la fête-sed de ce souverain. L’observation de la maçonnerie permet d’accéder à de nombreux fragments de ce décor complexe qui soulève des questions concernant l’organisation et le sens des rites de la fête jubilaire et l’évolution de son iconographie. La question de l’emplacement original de la structure d’Amenhotep III reste ouverte.

Céline BOUTANTIN
Terres cuites et cultes domestiques en Égypte gréco-romaine

 

Les figurines en terre cuite moulées ont été fabriquées en très grand nombre principalement entre le IIIe s. av. J.-C. et le IVe s. ap. J.-C. Elles représentent des dieux, des animaux ou encore tout un cortège de personnages associés aux fêtes religieuses. De piètre qualité artistique, de provenance le plus souvent inconnue et datés de manière approximative, ces objets ont peu suscité l’intérêt des chercheurs et sont longtemps restés enfouis dans les réserves des musées. Pourtant, destinés à être placés dans les maisons afin d’en assurer la protection, ils permettent de mettre en lumière les manifestations religieuses « personnelles », désignant par ce terme, l’ensemble des pratiques, et des gestes, qui, en marge des cultes officiels, reflètent les liens individuels que le fidèle tisse avec une ou plusieurs divinités. L’étude des différents thèmes représentés menée en parallèle avec celle du mobilier provenant des maisons et du matériel trouvé aux abords des temples permet de mettre en évidence des choix iconographiques dont certains sont révélateurs des changements culturels intervenus à cette époque.

Jean-Luc CHAPPAZ
Les égyptologues Édouard et Marguerite Naville.



« Deir el-Bahri 1906 – Le sanctuaire de Hathor déblayé, vu le matin » (cliché Marguerite Naville, © Musée d’art et d’histoire, Genève)

Édouard Naville (1844-1926), savant universellement reconnu, fut l’un des plus brillants égyptologues de son temps et ses travaux font encore autorité. Grâce à son érudition, grâce aux soins et à la réflexion apportés à ses publications, il proposa des modèles d’édition des grands textes religieux égyptiens (Livre des Morts), d’épigraphie monumentale (temple d’Hatchepsout à Deir el-Bahari) ou de comptes rendus de fouilles archéologiques. Il fut secondé, dans toutes ses activités, par son épouse Marguerite, née de Pourtalès (1852-1930).

En 1989, Denis van Berchem jetait un éclairage original sur les jeunes années du chercheur en publiant des lettres adressées à sa famille. D’autres documents, retrouvés depuis lors (journaux de voyages et de fouilles, correspondance de Marguerite Naville, dessins et photographies), permettent de compléter et d’enrichir cette approche et de suivre, au gré d’une documentation encore parcellaire, la profonde relation, quasi passionnelle, qui a uni le couple, ses enfants et la terre égyptienne.

Maryvonne CHARTIER-RAYMOND
L’eau dans les sites miniers pharaoniques au Sud Sinaï

Les sites miniers du Sud Sinaï ont été exploités depuis le tout début de l’histoire égyptienne pour fournir en cuivre et en turquoise les temples et le trésor royal. Ils forment un ensemble complexe disséminé dans le massif montagneux. Les noms des sites de Sérabit au nord et de Maghara sont les plus connus. Les expéditions malgré la brièveté des séjours et l’irrégularité de leur présence, ont su comprendre et mettre en valeur la disposition et les conditions naturelles des lieux pour optimiser leur travail. L’eau en est un exemple. Les nombreux mineurs en avaient besoin pour leur vie quotidienne et leur alimentation, ils en avaient aussi besoin pour les libations aux divinités. Et surtout, l’eau était essentielle pour leur travail. Pourtant qui a visité cette région est frappé par l’absence apparente d’eau. Cependant les conditions climatiques antiques avaient favorisé la présence d’une couverture végétale plus importante qu’elle ne l’est aujourd’hui. La présence d’arbres dont ils faisaient du charbon de bois était nécessaire aux mineurs pour la transformation du minerai de cuivre en métal. L’importance des scories au Ouadi Naseb témoigne de la présence jadis d’une végétation très florissante favorisée par une source abondante et qui existe encore aujourd’hui. L’observation des fonds et des rives des ouadis révèle le passage de torrents violents qui ont érodé les bords et déposé sable et gravier à la limite supérieure atteinte par les eaux et dans les cônes de déversement comme celui à l’embouchure du Ouadi Baba dans la plaine de Markha. Des orages et les pluies de fin d’automne et d’hiver peuvent tomber en abondance. Les expéditions ont su conserver cette eau saisonnière. Les mines pour l’exploitation du cuivre et de la turquoise étaient creusées en tranchées ou en tunnels, parfois en exploitation à ciel ouvert. Les carrières creusées parfois sur d’anciens sites de mines donnaient aux Egyptiens la pierre pour le temple de Sérabit et ses nombreuses stèles. Les mineurs ont compris l’utilisation possible de ces aménagements pour les transformer en citernes et ainsi assurer leur ravitaillement en eau. Un exemple étonnant d’utilisation de l’eau et de son abondance relative est l’existence de tables de lavage aménagées à proximité de certaines mines de turquoise. Elles montrent des lignes parallèles de piquetis et de trous creusés dans la roche, correspondants à des sortes de filtres et de piquets retenant des filets. Les mineurs pouvant ainsi nettoyer la turquoise de sa gangue lors de sa découverte et de son affinement. L’eau était ensuite récupérée et réutilisée. L’extraction de la turquoise selon les croyances des anciens Egyptiens n’était possible que si la divinité, Hathor, dame de la turquoise, le voulait. D’où l’importance, et même la nécessité de son culte, et la quantité d’inscriptions de prière et de louange gravées par les expéditions. Un petit sanctuaire inachevé taillé au nord-ouest du temple, montre un aménagement inhabituel. Situé le long de la pente, il profite d’un petit écoulement supplémentaire et reçoit ainsi la moindre eau de pluie en libation automatique, même lors de l’absence des expéditions. Ainsi même si l’eau n’est pas un élément apparent du massif montagneux, les mineurs pharaoniques ont su parfaitement comprendre et tirer remarquablement partie de la géographie et des éléments naturels pour pouvoir mener avec succès leur mission.

Benoit CLAUS
Ramsès III a-t-il été assassiné ? Enquête à la Cour de Pharaon.

Au 3e mois de Shémou, le 16e jour, de la 32e année de règne de Ramsès III, un policier se présenta à Deir el-Médineh, le village où étaient « cloîtrés » les artistes en charge de la décoration de la tombe royale, et leur annonça: « Le faucon s’est envolé vers le ciel à savoir Ramsès III; le fils de Rê Ramsès IV, le souverain, s’est assis sur le trône de Rê à sa place. »
Un souverain s’en allait, un autre s’en venait. Quoi de plus normal dans la succession des générations. Ce qui peut paraître moins normal, c’est la suspicion d’un complot telle que la justice doit être appelée pour clarifier les circonstances du décès ! Les proches du roi, le harem royal mais aussi la famille royale semblent être à l’origine de ce décès.
Aussi, pour « apprécier » les enjeux de ce complot, il faut, au départ de cette enquête menée il y a plus de 3000 ans, étudier l’histoire institutionnelle et économique de la XXe dynastie.
À notre tour donc, cette conférence se veut comme une enquête (toute histoire est une enquête) sur les événements que nous relatent, parfois par de nombreux euphémismes ou circonlocutions, quelques papyrus: corruption, détournement de fonds, envoûtements, parties fines… Des questions simples y seront posées: Qui ? Quoi ? Quand ? Où ? Comment ? et Pourquoi ? Des réponses plus compliquées y seront apportées !
Il nous faudra aussi « descendre sur les lieux du crime », à Thèbes, et y rechercher les traces de la présence Ramsès III mais aussi celles du lobbying qui se dissimulait derrière les conjurés et incita le complot.

Philippe COLLOMBERT
Hou 2009. Premiers résultats de la mission de l’Université de Genève.

Le petit village de Hou se trouve en Haute-Égypte, à mi-chemin entre Abydos et Dendera. Créé par Sésostris Ier, il ne s’agit au départ que d’un simple domaine agricole nommé Hout-sekhem-Kheper-ka-Rê, destiné à alimenter les autels du dieu Amon à Thèbes. Pourtant, au fil des années, la localité se développe jusqu’à devenir la métropole du 7e nome de Haute-Egypte. Redevenue une bourgade de second ordre à l’époque moderne, Hou n’a jamais attiré l’attention des égyptologues, probablement occultée par les riches monuments de ses prestigieux voisins, Abydos et Dendera. Pourtant, disséminés en plein milieu du village actuel, subsistent encore toute une série de vestiges, modestes, qui témoignent de l’importance passée du lieu. L’unité d’égyptologie de l’Université de Genève a décidé d’intervenir afin de sauvegarder ces précieux témoignages et a créé une mission d’étude. Il s’agissait, pour cette mission initiale, de procéder à un inventaire des structures en place et d’effectuer les premiers relevés, topographiques et épigraphiques. Ce sont les premiers résultats de cette campagne, qui s’est déroulée pendant le mois de juillet 2009, qui seront présentés en première exclusivité à la Société d’Égyptologie de Genève lors de cette séance.

 

Laurent COULON
Le "fétiche" osirien d'Abydos et son culte à Thèbes du Nouvel Empire à l'époque tardive

L'un des emblèmes attachés spécifiquement au dieu Osiris est le « fétiche abydénien », qui fut élevé par les Égyptiens des époques tardives au rang de reliquaire conservant la tête du dieu. L'objet se présente comme une châsse posée au sommet d’un bâton fiché dans une base en forme de signe-djou et souvent entouré de différentes entités protectrices ou enseignes. À Abydos, le fétiche faisait l'objet d'une procession spécifique largement représentée sur les parois des temples du Nouvel Empire construits dans ce site, et particulièrement celui de Ramsès II. Dès cette époque, ce culte abydénien fut adopté comme l'une des formes majeures de la religion osirienne pratiquée à Thèbes. À la Troisième Période intermédiaire, à la Basse Époque et jusqu'à l'époque ptolémaïque, les représentations du fétiche sur les statues dédiées par les particuliers dans le temple de Karnak reflètent le développement de ce statut privilégié, à l'égal de celui de la barque de Sokaris. Les fouilles récentes de l'IFAO et du CFEETK dans le secteur nord du temple d'Amon à Karnak ont révélé le fonctionnement des chapelles qui abritaient le culte du fétiche abydénien aux époques éthiopienne et saïte. C'est cette transposition des fêtes d'Abydos devenue l'un des aspects majeurs du culte osirien à Thèbes que nous nous proposons d'illustrer à travers les résultats récents de l'archéologie et de la recherche égyptologique.

Luc DELVAUX
Senenmout récompensé par Hatshepsout : L’ « humble serviteur » et les « écrits des ancêtres »

Les portraits de Senenmout, grand intendant d’Amon sous le règne de Hatshepsout, sont particulièrement nombreux : pas moins de vingt-cinq statues, offertes pour la plupart au dignitaire par la reine. Ces monuments, conçus à l’initiative royale, évoquent les principales fonctions de Senenmout, notamment celle de précepteur de la princesse Neferourê, fille de Hatshepsout. Leur analyse permet d’étudier les modalités du don royal de statues à la 18e dynastie, le mécanisme complexe de leur mise en place dans les temples, et l’association de ces cadeaux royaux aux grands événements du règne. Mais elle mène aussi à comprendre comment la créativité des sculpteurs égyptiens se combine avec la référence à la tradition, pour élaborer ces images de pouvoir qui, par la complexité de leur discours, apparaissent comme de véritables créations intellectuelles, destinées aux lettrés de l’élite dirigeante.

Andreas DORN
Le campement des ouvriers de la Tombe dans la Vallée des Rois (Nouvel Empire, env. 1150 av. J.-C.)


La découverte d’un ensemble de huttes d’ouvriers dans la Vallée des Rois a été réalisée par le projet MISR: « Mission Siptah – Ramses X. » de l’Université de Bâle (Suisse) au cours de l’exploration des alentours de l’entrée de la tombe de Ramsès X (KV 18) de 1998 à 2005. L’importance du campement au temps de Ramsès IV donne une nouvelle vision de la Vallée des Rois : le paysage n’est plus seulement marqué par les falaises et les pentes rocheuses où s’ouvrait l’entrée des tombes, ni par les déblais d’excavation entassés en différents endroits ; il comprend également un ensemble de huttes agglutinées les unes aux autres, qui couvrait une surface considérable. La Vallée des Rois n’était pas uniquement un endroit sacré, un lieu isolé renfermant la sépulture des rois du Nouvel Empire, mais aussi un chantier permanent servant en même temps de domicile temporaire aux ouvriers. Les huttes n’étaient pas seulement de simples « cabanes de chantier », mais aussi des demeures modestes aux ouvriers qui y vivaient pendant leur semaine de travail de neuf jours (le dixième jour étant leur jour de congé). Un chevet retrouvé in situ dans l’une des huttes fait bien ressortir le fait que celles-ci étaient utilisées comme lieu de repos. Les objets provenant des huttes nous donnent de nouvelles informations sur les différents sphères de la vie sur le chantier et de la vie quotidienne des ouvriers de Deir el-Medine : la nourriture sur le site, l’éducation des élèves en dessin et en écriture, l’administration du travail et les pratiques religieuses. Les stèles par exemple sont l’expression de la piété personnelle des ouvriers. Elles témoignent du besoin d’entrer en contact direct avec une divinité choisie, objet d’une piété particulière. Le contexte des trouvailles et surtout l’absence d’inscriptions dédicatoires sur ces stèles montrent clairement qu’il ne s’agit pas d’objets votifs, qui auraient été plus tard consacrés en offrande dans un sanctuaire, mais d’objets de possession privée, qui faisaient partie de l’inventaire d’une pièce d’habitation. De plus, les différentes stèles avec les noms des adorateurs mises au jour sur le site permettent d’identifier certains des occupants de ces huttes, ce qui jusqu’à présent était uniquement possible à Deir el-Medine même.

Khaled EL-ELANY
La vénération posthume des pharaons.

Alors que le souvenir de nombreux pharaons s’estompa rapidement après leur décès, d’autres, moins nombreux, furent l’objet d’un hommage posthume important de la part des générations ultérieures – rois aussi bien que particuliers. Les aspects de la vénération post mortem du pharaon sont très divers: maintien de son culte funéraire, entretien et restauration de ses monuments, représentation ou vénération sur les monuments des périodes ultérieures, dédicace de monuments votifs à son honneur, invocation à l’instar des dieux dans les proscynèmes, constitution de noms basilophores formés à partir du sien ou emprunt d’un, voire de plusieurs éléments de sa titulature, etc.
Cet exposé s’intéresse en particulier à la vénération posthume des pharaons de l’Ancien et du Moyen Empire, tels Djoser, Snéfrou, Ounas, Téti, Montouhotep-Nebhépetrê, Sésostris Ier, Sésostris III et Amenemhat III.

D’après E. Naville, The XIth Dynasty Temple at Deir El–Bahari I, MEEF 28, Londres, 1907, pl. XXIV. 

Stèle en granite, découverte par Naville à Deir al-Bahari; Musée égyptien du Caire (JE 38655).
Le tableau principal est divisé en deux scènes presque symétriques: Sésostris III consacre des offrandes variées devant Amon-Rê maître de Karnak à gauche, et devant le roi Montouhotep-Nebhépetrê à droite.

Frank FEDER
Le Thesaurus Linguae Aegyptiae (TLA) - un corpus de textes égyptiens sur internet.



Page d'accueil du TLA
http://aaew2.bbaw.de/tla/index.html

Le Thesaurus Linguae Aegyptiae est un corpus digital de textes égyptiens transcrits et traduits en allemand, qu’on peut consulter et utiliser via internet depuis 2004. Il est lié à un lexique basé sur les lemmes du « Wörterbuch » de Berlin (« Berliner Wortliste »). Chaque texte est accompagné d’une bibliographie et d’informations sur la provenance, la datation, le matériau, etc. de l’objet sur lequel se trouve le texte. Le lexique propose également une traduction anglaise.
Le grand avantage du TLA, en plus du fait de pouvoir être consulté partout au monde où l’on dispose d’un accès internet, est qu’il s’agit d’un système qui peut être successivement élargi, actualisé et corrigé. Le TLA a aussi le potentiel de permettre, dans l’avenir, des recherches grammaticales ou linguistiques. Et, bien entendu, le TLA peut être facilement utilisé comme un dictionnaire traditionnel, mais avec l’avantage d’avoir la possibilité de se rendre compte de l’utilisation d’un mot directement dans son contexte.
L’actualisation du TLA, qui va être effectuée courant novembre 2005, inclura également l’intégralité de l’ancien « Wörterbuch » digitalisé, offrant la possibilité de consulter les références (« Belegstellen ») de nos archives, voire les fiches du « Wörterbuch », directement à partir de la page digitale actuelle du « Wörterbuch ».
À présent, le TLA est entrepris en coopération entre les académies de Berlin-Brandebourg, de la Saxe à Leipzig, le projet du Livre des Morts à Bonn (Académie de Nordrhein-Westfalen) et le projet des textes démotiques de l’académie des langues et de la littérature de Mainz à Würzburg. La présentation du corpus en format internet et la coordination des matériaux se font à Berlin. Une coopération plus large, au niveau international, est également souhaitée et il y a déjà des contacts concrets. Ainsi, il existe, par exemple, une coopération actuelle avec M. René Preys de l’Université Catholique de Louvain qui va offrir au TLA des textes des temples ptolémaïques et romains traduits en français.

Luc GABOLDE
De Sa Majesté la reine Hatchepsout à sa majesté le roi Maâtkarâ.

Entre la mort de son frère et époux Thoutmosis II et sa propre accession à la dignité de pharaon au tournant de l’an VII de Thoutmosis III, la reine Hatchepsout a exercé une régence qu’on supposait volontiers active mais qui était demeurée jusqu’à présent très mal connue parce que fort peu documentée.
Avec l’étude, par l’auteur de la présente conférence, de quatre monuments en calcaire de Karnak qui remontent à cette époque charnière et dont les blocs avaient été remployés sous le règne de Thoutmosis III pour garnir le sous-sol de la « cour de la cachette », cette histoire sort en partie de l’ombre.
Le plus ancien de ces édifices, sans doute entrepris à l’extrême fin du règne de Thoutmosis II, est une chapelle (de barque ?) en calcaire de Toura où Hatchepsout accompagne partout son époux dans les scènes de culte, occupant d’ores et déjà une position exceptionnelle, quoique cantonnée au second rang.
Avec le Netery-menou, une étape nouvelle est franchie: la reine y apparaît la plupart du temps seule devant le dieu ou seulement accompagnée de Néférourê. Dans quelques cas on l’a figurée suivant Thoutmosis II, mais il s’avère que les représentations du roi sont posthumes, et qu’elles ont même, parfois, remplacé des images de Thoutmosis III. Ce dernier souverain n’est toutefois pas absent de l’édifice et son nom intact apparaît sur des jambages de porte ou a été volontairement épargné dans certains registres de scènes.
Un petit monument à niches, consacré au culte de plusieurs membres de la famille royale, associe ainsi Hatchepsout, Neferourê à Thoutmosis II. Le roi, assurément défunt (Neferourê est « sœur de roi ») est paradoxalement figuré comme s’il était vivant, confirmant qu’il a bénéficié d’une vénération posthume d’un genre très exceptionnel.
Enfin, un fragment d’une petite chapelle édifiée dans une "place sacro-sainte" de Karnak, peut-être identique à l’édifice dont d’autres blocs avaient été exhumés à Karnak-nord, montre que dans les textes la reine finit par adopter la totalité des épithètes dévolues au roi, puis en revêt la titulature, tandis que, dans les représentations, elle arbore encore des caractères féminins, lesquels seront seulement quelque temps plus tard masculinisés.
Pour Hatchepsout, le passage de l’état de veuve et régente du royaume à celui de pharaon fut en somme très progressif, mais il faut souligner que l’accaparement par la reine de certaines prérogatives royales intervient extrêmement tôt, peut-être dès les derniers mois du règne de Thoutmosis II, et ne cessera de se renforcer jusqu’à son accession au trône.
Dernière particularité remarquable des monuments de Karnak, et non des moindres: une série de martelages et de regravures dont certains sont exceptionnels et inédits: noms de Thoutmosis II inscrits sur ceux de Thoutmosis III effacés, Hatchepsout sur Thoutmosis III, Maât-ka-Rê sur Hatchepsout.
L’enquête fournit l’occasion d’examiner de près la période féconde allant de la fin du règne de Thoutmosis II (dont le règne est réévalué), à l’avènement de la corégence avec Thoumosis III entre l’an VII et l’an VIII, à travers les monuments de Karnak mais aussi du Sinaï, du reste de l’Égypte et de la Nubie et d’observer par quelles étapes les fonctions régaliennes seront peu à peu complètement dévolues à la reine-pharaon.

Philippe GERMOND
La protection magique individuelle dans l'Égypte ancienne: le monde symbolique des amulettes.


 

La création mise en place la "Première Fois" par le démiurge évoque une situation idéale de parfait équilibre. Toutefois, cet équilibre reste fragile. Sans cesse menacé par l'action dévastatrice de dangereuses puissances qui peuvent se déchaîner à tout moment, il est particulièrement vulnérable dans les délicates situations de "passage": alternance du jour et de la nuit, changement de règne ou de saison, passage du monde terrestre à celui de l'au-delà...
Religion "officielle" et pratiques magiques se complètent et attestent d'une finalité commune: maintenir à distance les forces destructrices qui menacent le monde organisé et pourraient le renvoyer en un état latent et désorganisé, antérieur à celui de la "Première Fois".
Si, à l'intérieur des temples, la pratique du culte quotidien, la célébration de fêtes importantes ou la mise en oeuvre de rituels de protection permettent la sauvegarde collective du pays entier, l'Égyptien, en tant qu'individu, fait plus volontiers appel à des formes de protection magiques, qui lui sont directement accessibles.
C'est dans ce contexte précisément que les amulettes déploient toute leur efficacité. La collection Jacques-Édouard Berger au MUDAC (Musée de Design et d'Art Appliqués Contemporains) de Lausanne en fournit une excellente illustration.

Matthieu HONEGGER
Les origines de Kerma: des dernières sociétés de chasseurs-cueilleurs à l'avènement du premier royaume de Nubie.

Depuis plus de 30 ans, la mission archéologique de l’Université de Genève entreprend des recherches à Kerma, dans le nord du Soudan. Cet endroit privilégié a vu la naissance du premier royaume d’Afrique noire, véritable rival de l’Empire égyptien.
Les résultats des fouilles menées sur plusieurs chantiers permettent de retracer les grandes étapes du développement de la société nubienne, depuis les premières populations sédentaires, il y a 10'000 ans, jusqu’à l’apogée du royaume de Kerma, il y a 3’500 ans. Ce parcours à travers le temps conduira à analyser l’organisation de nécropoles et d’habitat, en tentant de mettre en évidence les processus de hiérarchisation sociale et d’urbanisation, qui participent à la formation de la civilisation de Kerma.

Dimitri LABOURY
Le portrait de Pharaon à l'époque post-amarnienne et l'iconographie de l'enfant-roi Toutankhamon.

L’exposé présentera une analyse du portrait de Toutankhamon, en tentant de mettre en évidence sa signification historique, tant vis-à-vis des prédécesseurs que des successeurs de l’enfant-roi. Dans ce contexte, une attention particulière sera apportée aux nombreux objets que le pharaon a usurpés dans le mobilier funéraire de ses prédécesseurs directs, ainsi qu’à la récupération du modèle de Toutankhamon, le dernier véritable descendant de la XVIIIe dynastie, dans l’iconographie de ses successeurs.

Christian LEBLANC
Les temples de millions d’années dans le contexte thébain. État des recherches sur leurs fonctions liturgique, économico-administrative et socio-culturelle.

Au sein de la communauté égyptologique, on a longtemps considéré que les temples construits à l’ouest de Thèbes durant le Nouvel Empire, étaient des monuments à vocation exclusivement funéraire, réservés au culte des pharaons défunts. Leur emplacement, sur la rive ouest du Nil, traditionnellement associée à la "rive des morts", a largement conforté cette idée. Pourtant, les recherches et les découvertes récentes semblent confirmer que la fonction de ces temples — dont il existait des exemples jusque dans le Delta — était bien plus étendue. À la fois centres religieux et conservatoires de la mémoire, les « châteaux de millions d’années » — ainsi que les appelaient les anciens Égyptiens — étaient sans doute bien plus encore des délégations administratives, économiques et socio-culturelles de l’institution monarchique en milieu régional. Liés à la fonction royale et au concept du roi-prêtre, ces monuments apparaissent comme des œuvres personnelles, où sont glorifiées les actions d’un règne. Administrés par de hauts fonctionnaires de l’État, leur rôle était aussi de participer à la redistribution des richesses de la Couronne: à ce titre, il s’agissait de structures intermédiaires entre le pouvoir central et la population mise au service du pharaon. Dès lors, on comprend mieux pourquoi certains événements se déroulèrent à leurs portes, notamment lors des grèves et des manifestations qui vinrent ternir, à Thèbes, la fin du règne de Ramsès III. L’intronisation du prêtre-roi, au début de la Troisième Période Intermédiaire, va modifier profondément la nature de la royauté pharaonique: c’est aussi à cette époque, vers l’an 1000 avant notre ère, que disparaissent définitivement les « châteaux de millions d’années ».

Christian LOEBEN

La collection égyptienne du Museum August Kestner à Hanovre (Allemagne): histoire - présent - futur et récentes recherches égyptologiques.

Georg Christian August Kestner (1777-1853), fils de Charlotte Buff et véritable modèle de la « Lotte » dans le « Werther » de Goethe, a vécu comme ambassadeur du royaume de Hanovre auprès du Saint Siège et de Naples durant une grande partie de la première moitié du 19e siècle. Pendant son séjour romain, il a acheté œuvres d’art et antiquités qu’il légua après sa mort à sa ville natale demandant à Hanovre la construction d'un « Museum Kestnerianum » afin de les héberger. Cet ensemble était entre autres formé de près de cinq cents œuvres égyptiennes, ce qui constituait à l'époque la plus grande collection égyptienne détenue par un particulier. En 1935, la ville de Hanovre acheta mille cinq cents objets égyptiens, provenant en grande partie de la collection privée de Friedrich Wilhelm Baron von Bissing. Alors qu’il réunit aujourd’hui environ quatre mille objets égyptiens, le « Museum August Kestner » figure parmi les plus importantes collections de son genre en Allemagne, ainsi que parmi les collections égyptologiques mondiales les plus complètes. Malheureusement, bien que splendide, celle-ci n'a jamais été étudiée avec soin et reste pratiquement inédite. Depuis cinq ans, l'auteur de cette conférence entreprend une recherche profonde de l’ensemble de cette collection égyptienne avec des résultats tout à fait étonnants, voire inattendus ... pour les photos : (c) Museum August Kestner, Photo: Christian Tepper

Florence MARUÉJOL

L'œuvre architecturale de Thoutmosis III à Thèbes


 

Lorsque l’on évoque Thoutmosis III, on pense aussitôt au conquérant et au fondateur d’empire qui a déployé pendant les vingt première années de son règne autonome une activité militaire incessante en Syrie-Palestine. Le souverain s’est pourtant illustré dans d’autres domaines au premier rang desquels figure l’architecture. Thoutmosis III qui a laissé sa marque dans de nombreuses villes et sites d’Égypte et de Nubie s’affirme, en effet, comme l’un des plus grands bâtisseurs que l’Égypte ait connu. Les destructions subies par nombre de ses monuments ne permettent plus aujourd’hui de voir son œuvre dans toute son ampleur. C’est encore Thèbes, berceau du dieu Amon, particulièrement favorisée par le roi, qui rend le mieux justice à ses constructions tout en mettant en évidence leurs liens avec les édifices et les idées religieuses d’Hatchepsout, sa corégente. À Thèbes-est comme à Thèbes-ouest, les fouilles et les travaux récents complètent et renouvellent même parfois complètement la connaissance que l’on avait jusque-là des réalisations de Thoutmosis III dans la capitale religieuse de l’Égypte.


Marguerite MORFIN

Les fouilles de Permedjed, la future Oxyrhynchos.

Depuis 1992, par le biais de relations internationales, je suis associée aux fouilles du site d’Oxyrhynchos, menées par l’université du Caire et de Barcelone sous la direction des Professeurs J. Padró et Hassan Amer. La ville d’Oxyrhynchos, est le nom grec d’un site égyptien plus ancien, « Celui des Medjaiou » (P(3)-n-Mḏ3yw) de la période ramesside, qui a évolué au moins sous Piânkhy en Pr-Mḏd. Avec Psammétique Ier, elle apparaît comme capitale du XIXe nome de Haute Égypte.

La ville actuelle de Bahnasa, également connue dans les textes coptes sous le nom de Pemdjé, est située à 200 km au sud du Caire, dans la province de Minieh. Les ruines de la ville gréco-romaine sont encore visibles dans le territoire occidental de Bahnasa, à l’ouest du Bahr Youssef : porte monumentale, carrefour marqué par une colonne, nilomètre, théâtre. Les parties fouillées sont précisément localisées sur la rive ouest du Bahr Youssef, dans le désert occidental, non loin de ces ruines.

La ville grecque a pris le nom du poisson au nez pointu, l’oxyrhynque – également connu sous le nom de mormyre –, qui était vénéré dans le XIXe nome de Haute Égypte. De ce culte, des ex-voto de bronze représentant des mormyres ont été retrouvés dans une « favissa » des environs de Bahnasa. Certains de ces poissons portent le nom de Touèris, dans une formule du type : « Touèris donne la vie à Onnophris, fils de Sisobek ». Leur tête est surmontée d’une couronne d’Hathor-Isis. Leur corps est parfois placé sur un traîneau à la manière d’une statue votive. Ce poisson incarne la déesse Touèris, annonciatrice de la crue du Nil et de la renaissance végétale. Le dévot déposait ce poisson dans la cour du temple pour un sien décédé. D’après les nombreux papyrus grecs, coptes, ramassés sur le site par Bernard Grenfell, Arthur Hunt et Evaristo Breccia, les Grecs ont rendu un culte à Athéna qu’ils ont identifiée à Neith et Touèris. Neith est la divinité protectrice de la ville de Saïs et des pharaons de la XXIVe et XXVIe dynastie. Cette déesse guerrière est vénérée dans tout le désert occidental et plus particulièrement au Fayoum. Comme Touèris, elle protège Osiris. Touèris aurait eu plusieurs sanctuaires dans la ville d’Oxyrhynchos. Parmi les nombreux documents, le papyrus copte qui relate le martyre d’Apa Epima mérite d’être signalé. Il mentionne un temple pour cette divinité, non loin du tétrastyle et du forum, à proximité du chantier de fouilles.

L’origine d’Oxyrhynchos semble avoir été une forteresse dès Ramsès II, vite devenue une ville importante. Son rayonnement est dû en partie, à sa situation géographique : un carrefour de voies caravanières et fluviale. Très tôt, l’oasis de Bahria va lui être associée et désignée dans les textes grecs comme « petite oasis » d’Oxyrhynchos.

Claude OBSOMER
Le roman de Sinouhé: traduction et interprétation.

Le récit des aventures de Sinouhé est souvent présenté comme l’une des œuvres les plus célèbres et les mieux achevées de la littérature égyptienne d’époque pharaonique. Rédigé au Moyen Empire sous le règne de Sésostris Ier (XIIe dynastie, vers 1958-1913 avant J.-C.), ce récit était devenu, à l’époque ramesside, l’un des textes «classiques» étudiés et copiés dans les écoles de scribes.

Depuis la publication, il y a un siècle et demi, du pBerlin 3022 conservant la copie à la fois la plus complète et la plus ancienne de l’œuvre, l’intérêt des égyptologues n’a pour ainsi dire jamais décru. L’œuvre toutefois est loin d’avoir livré tous ses secrets. Cela tient pour une bonne part à l’atmosphère de mystère qui entoure, à dessein, le moment crucial de l’intrigue, lorsque, peu après le décès du roi Amenemhat Ier, Sinouhé surprend de nuit les propos échangés entre un fils royal et, semble-t-il, un messager, propos dont la teneur ne nous est pas livrée, mais qui provoquent chez le héros un trouble profond qui l’entraînera finalement sur le chemin de l’exil.

Qui était Sinouhé, qu’a-t-il pu entendre et pourquoi a-t-il fui ? Une réponse à ces questions pourra être proposée grâce à l’éclairage offert par d’autres textes et documents du règne de Sésostris Ier, notamment l’Enseignement d’Amenemhat.

Christophe THIERS
Un puzzle en cours d'étude: le temple ptolémaïque et romain de Tôd.

La reprise des travaux épigraphiques sur le site de Tôd, situé à une dizaine de km au sud de Louqsor, a dans un premier temps porté sur le temple ptolémaïque et romain consacré au dieu Montou. Depuis plusieurs campagnes, ce sont les centaines de blocs épars ayant appartenu aux parois du temple qu’il s’agit d’inventorier et d’étudier afin d’enrichir notre connaissance du programme iconographique et théologique du monument.

Francesco TIRADRITI
L'univers des couleurs de l'Égypte ancienne.

Le temps n'a pas affecté les couleurs utilisées par les peintres égyptiens dans la décoration de tombes. L'impression laissée lors de la visite de ces monuments est celle d’un travail achevé par les artistes le jour précédent. Quelques temples nous offrent encore des traces des tons originaux et les fouilles ont permis de découvrir des enduits colorés qui recouvraient le pavement, les parois et les plafonds des palais royaux et des édifices les plus importants. Malgré toutes les études dédiées principalement aux tombes peintes de la nécropole thébaine, l'univers des couleurs de l'Égypte ancienne reste encore un monde à explorer. Cette conférence propose un voyage de 2000 ans à la découverte du sens et de l'usage des couleurs dans l'Égypte ancienne dans le but de percevoir l'intime de la culture nilotique à travers les nombreuses traces picturales qu'elle nous a léguées.

Claude TRAUNECKER
Akhenaton, géographe du Disque

Dans de nombreux ouvrages, Akhenaton est présenté comme le premier penseur monothéiste de l’histoire. La découverte de documents récents conduit les chercheurs français à réviser cette approche. Il apparaît que le successeur d’Amenhotep III a repris un principe de théocratie déjà partiellement mis en pratique par son père et où la reine joue le rôle de la déesse Hathor. Il crée un nouveau dieu “ Horus Rê qui s’exalte à l’Horizon en son apparence de lumière qui est dans le Disque ”. Le Disque solaire (Aton) n’est que la manifestation tangible dans le sensible de la puissance créatrice de la lumière et de la chaleur. Aton n’est pas un dieu mais l’emblème de sa puissance. Il est Unique car il n’a pas de semblable, mais cette affirmation n’exclut pas les dieux d’Égypte. Bien au contraire car ils sont tous conviés à participer au culte du dieu d’Akhenaton. De plus nous savons maintenant que le site de Tell el Amarna fut choisi après des observations des mouvements célestes du Disque permettant de calculer la latitude moyenne du pays considéré de la 1ère cataracte et l’extrémité nord du Delta. Cette découverte majeure conduit à reconsidérer les bases mêmes du culte atonien et son fonctionnement théocratique.

Christian UBERTINI
Restitution architecturale à partir des blocs et fragments épars d’époques ptolémaïque et romaine à Éléphantine.

L’étude architecturale des blocs et fragments épars d’époques ptolémaïque et romaine de l’antique cité d’Éléphantine à Assouan, menée par l’Institut Suisse de Recherches Architecturales et Archéologiques de l’Égypte ancienne, a permis de restituer l’architecture de plusieurs temples jusqu’ici inconnus. Grâce à une approche basée sur l’analyse indiciaire des blocs (traces d’outils, tracés de construction, etc.) ainsi que sur la médiation de modèles comparatifs, l’ensemble du matériel, y compris les blocs anépigraphes, a pu être replacé virtuellement dans son contexte architectural d’origine. Ces temples font partie des dernières constructions édifiées à Éléphantine. La qualité d’exécution de leur maçonnerie et l’état de conservation exceptionnel des blocs ont permis d’exploiter au maximum les ressources du matériel conduisant à une restitution détaillée des temples, ceci en dépit du caractère lacunaire du matériel et de l’absence de vestiges in situ. Une première partie de ces travaux vient de faire l’objet d’une publication (C. Ubertini, Elephantine XXXIV, AV120, Mainz 2005) qui complète l’étude épigraphique publiée par E. Laskowska Kusztal (Elephantine XV, AV73, Mainz 1996).

Robert VERGNIEUX
Découvrir l'Égypte en 3 dimensions

Si les nouvelles technologies permettent de simuler en 3D les édifices disparus de l'Égypte Pharaonique, elles permettent aussi de revisiter l'Égypte du XIXe siècle grâce aux photographies stéréoscopiques qui ont été prises dans la vallée du Nil depuis les origines de la photographie.
Après avoir évoqué les différentes techniques qui furent mises en oeuvre, nous ferons une promenade en stéréoscopie sur les sites archéologiques majeurs ainsi que dans la société nilotique du XIX.

Pascal VERNUS
Le papyrus dit « érotique » de Turin

Le papyrus « érotique » de Turin illustre combien une discipline scientifique demeure poreuse à l’ambiance morale de son temps. La réaction horrifiée de J.-Fr. Champollion quand il découvrit le document a gauchi sa destinée égyptologique. En témoigne, le nom même de « papyrus érotique ». Les débats sexuels auxquels il réfère n’occupent, en fait, qu’une partie du document, mais ce sont eux qui ont été jugés propres à le caractériser. Ce qui en dit long sur l’inconscient des égyptologues. L’autre partie est dévolue à des parodies animalières. Les artifices graphiques tendent à indiquer l’appartenance des deux parties à un même ensemble. Quelle finalité commune unissait donc, d’une part les ébats sexuels, d’autre part les parodies animalières, pour qu’ils aient été conjoints sur le même papyrus, à travers un apparat qui les conjugue en une bande dessinée présentée comme une unité ? Affleure une tendance assurément transculturelle - pensons au carnaval en occident - selon laquelle, en de certains contextes, les hiérarchies et les règles sont sinon abolies, à tout le moins moquées, et prises comme prétextes à amusement, voire tournées en dérision ou en ridicule. Dans l’Égypte pharaonique, cette tendance a été codifiée en tant qu’idéal du « divertissement » et du « suivre son désir », et intégrée à l’idéologie de l’élite dominante.

Pascal VERNUS
Des porcs pour Sakhmis !

On sait le statut ambigu du porc dans l’Égypte pharaonique. La zoo-archéologie a montré qu’il constituait une importance source de protéines animales dans la diète de nombre d’égyptiens. En revanche, sur le porc, particulièrement le porc mâle, pèse un tabou dans les croyances. Un mythe étiologique réutilisé à des fins funéraires rend compte de son interdiction comme offrande. Pourtant, dans certains cas, le porc était utilisé comme animal sacrificiel, en particulier pour Sakhmis, dans la mesure où on privilégiait dans l’ambivalence fondamentale de la victime animale, sa valorisation comme représentant le mal à détruire. On se propose d’analyser les documents illustrant ce statut exceptionnel.

Youri VOLOKHINE
Ruines et paysages d’Ermant.



Intérieur de la crypte n°1 du temple de Ptolémée XII (Ermant). Défilé de génies gardiens taurocéphales. Cliché Y. Volokhine.

Située aux confins orientaux de la thébaïde, la ville d’Ermant ne laisse deviner de son flamboyant passé qu’un ensemble de ruines éparses. Au centre de l’antique Hermonthis, le voyageur pressé ne verra que des ensembles disjoints, des amoncellements de blocs, et de rares structures en place. Laissé presque en friche par l’archéologie depuis les années 30, le site ne recèle pas moins d’appréciables informations. Depuis 2001, une mission conjointe de l’Ifao et de l’Université de Montpellier a entrepris de se pencher sur ces monuments. Travaillant d’abord sur les structures arasées du temple de Ptolémée XII Néos Dionysos, la mission a pu mettre en lumière des pans nouveaux des théologies thébaines tardives, grâce à l’étude et à la publication des cryptes (aujourd’hui à ciel ouvert) du temple, qui étaient restées méconnues jusqu’à lors. C’est également à un survey général des témoignages antiques disséminés un peu partout dans la cité populeuse moderne que la mission se consacre. La présente conférence tentera de présenter les résultats des premières missions, tout comme les perspectives d’avenir.

(http://recherche.univ-montp3.fr/egyptologie/index.php?page=ermant)

Sandrine VUILLEUMIER
Autopsie d'un manuscrit: la nature et le rôle des rituels retranscrits par le P. Princeton Pharaonic Roll 10.


Des textes, des représentations monumentales, des calendriers ou de menus objets nous permettent de nous représenter ce qu’étaient les cérémonies célébrées dans l’Égypte antique. À partir de ces éléments, les égyptologues tentent de restituer le déroulement des rituels mis en œuvre dans les temples en faveur des dieux, ou dans les tombes à l’attention des défunts. C’est ainsi que l’on connaît relativement bien le Rituel du culte divin journalier et le Rituel de l’Ouverture de la bouche notamment, ou des rites plus spécifiques comme par exemple les Mystères célébrés en l’honneur d’Osiris au mois de Khoiak. La question même du rituel et de ses pratiques continue d’être analysée par les spécialistes. Le papyrus Princeton Pharaonic Roll 10, dont je prépare l’édition critique, s’y rattache puisqu’il contient un ensemble de rituels et de liturgies réunis en faveur d’un prêtre d’époque tardive. Si ces textes ont été clairement réunis dans un but funéraire, on peut se demander quelle volonté rédactionnelle a prévalu à la création de ce manuscrit ? D’ailleurs, était-il destiné à accompagner le défunt dans l’au-delà ou plutôt à être lu lors de cérémonies funéraires ? D’où tire-t-il son origine ? Peut-il être mis en lien avec une fête, un lieu spécifique ou une tradition particulière, et si oui lesquels ? Et qui était ce personnage qui ne s’est pas contenté d’un magnifique Livre des Morts illustré de belles vignettes ? Que de questions, auxquelles il faut tenter d’apporter des réponses.

Jean WINAND
Le mur d'enceinte du temple d'Amon-Rê à Karnak.

Le mur qui ceinture la partie centrale du temple d'Amon-Rê à Karnak, sur l'axe ouest-est, fut construit par Thoutmosis III. La décoration que l'on peut contempler aujourd'hui est l'oeuvre de Ramsès II. Après une présentation générale, la conférence abordera les principaux problèmes posés par l'étude de ce monument: gestion des blocs épars, étude architecturale, reconstitution diachronique, graffiti, etc.

Annik WÜTHRICH
Le renouveau des concepts funéraires à la Troisième Période intermédiaire à la lumière de six formules du Livre des Morts.

La Troisième Période intermédiaire marque une rupture importante dans l’histoire égyptienne. Outre les problèmes politiques et sociaux qu’elle produit, elle est l’occasion d’un renouveau idéologique engendré par la montée en puissance du clergé amonien qui sera à l’origine de la création de textes novateurs. Ainsi, plusieurs formules seront ajoutées au Livre des Morts. Alors que certaines d’entre elles n’apparaissent que ponctuellement, une série de chapitres sera utilisée de façon récurrente jusqu’à la fin de l’époque ptolémaïque, voire intégrée à d’autres livres funéraires. Identifiés et recensés en 1882 par Pleyte, les chapitres supplémentaires 162 à 167 ont été rédigés dans la mouvance des courants idéologiques de l’époque. Ils comportent des caractéristiques qui les rendent tout à fait originaux dans le corpus traditionnel de ce livre funéraire. Pour la première fois, Amon apparaît comme une divinité à caractère funéraire en plus de ses attributs habituels. La Nubie et sa magie tiennent également une place importante que l’on observe notamment à travers l’emploi de termes méroïtiques. La langue de rédaction s’éloigne de l’égyptien de tradition pour intégrer des tournures propres à cette période.

Pierre ZIGNANI

Tremblements de terre dans la vallée du Nil
L’enseignement des bâtisseurs des pharaons


 

En termes de désastres, les écrits de l’Égypte pharaonique ne semblent pas retenir l’aspect dramatiquement humain des tremblements de terre. Cela permet-il, pour autant, de croire que sous les Pharaons, les tremblements de terre étaient inexistants, ou tant espacés dans le temps et modérés en intensité qu’ils n’étaient associés qu’à une forme d’allégresse des dieux ?
L’argument d’une destruction d’origine sismique est cependant bien présent dans le récit de voyage de Strabon qui rapporte, sans en avoir été le témoin direct, que les dégâts du colosse de Memnon sur le parvis du temple d’Amenhotep III à Thèbes sont imputables à un tremblement de terre. Le recours ancien à un tel argument ne permet pas de souscrire trop rapidement à l’idée d’une sismicité légère et peu fréquente dans la vallée du Nil.
L’hypothèse de secousses sismiques est parfois formulée par les archéologues pour expliquer des dégâts sur des structures. Loin d’une image romantique, mystérieuse et pittoresque véhiculée aujourd’hui autour des vestiges de l’architecture pharaonique, l’observation de la technique constructive permet, en s’interrogeant sur l’origine de détails et de mises en oeuvre, de proposer l’existence d’une véritable culture sismique dans l’art de bâtir des Anciens Égyptiens.
 

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